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Tuesday, August 25, 2015

Mème Zombie : les prix bas dévaluent les livres

Ça faisait longtemps que je n'avais pas traduit de billet, cette fois ci c'est le second d'une série que J A Konrath co-écrit avec Barry Eisler sur les "mèmes zombies" , ces idées préconçues qui résistent aux arguments et reviennent sans fin.

Au menu du jour, celui le mème selon lequel la "valeur" d'un livre serait liée à un prix de vente élevé. 

Un billet court (bien plus que son précédent) et qui n'est pas exempt de simplifications excessives, mais bien intéressant pour au moins poser les contradictions portées par le meme en lui même.

http://jakonrath.blogspot.fr/2015/08/zombie-publishing-memes-2-low-prices.html

Des prix bas "dévaluent" les livres

Le postulat que porte ce mème est non seulement faux, mais aussi extraordinairement étrange. Après tout, si vous aimez les livres, pourquoi vous concentrer sur leur valeur monétaire plutôt que leur valeur pour la société ? Ce qui fait la valeur d'un livre n'est-il pas de ce qu'il est largement lu, absorbé et discuté plutôt que dans l'argent qu'il rapporte ? Et si les livres coûtent moins et sont accessibles à un plus grand nombre, ne semble-t-il pas raisonnable (à supposer l'expérience quotidienne valide et que les bases de l'enseignement en économie soit correct) que les gens achèteront plus de livres ? Si les livres sont effectivement importants pour la société, ne devrions nous pas chercher les moyens de rendre les livres moins chers et donc plus largement accessibles ?


Mais même si vous pensez que la seule valeur d'un livre est dans l'argent qu'il rapporte, il est idiot de considérer que des prix plus élevés  impliquent automatiquement de plus hauts revenus. Petit cas d'étude imaginaire : il est peu probable que qui que ce soit maximise ses revenus avec un prix de 5 cents, mais pourquoi ne pas vendre les livres à des centaines de dollars ? Ce prix de 100$ ne prouverait-il pas une encore  plus grande valeur du livre ?

Bien sûr que non. Alors, intuitivement, on sait tous qu'il y a un meilleur prix (le prix auquel le volume * prix unitaire maximise les revenus) et logiquement, ce devrait être celui qu'apporte la plus grande valeur (financière) au livre. Si on fait plus d'argent sur nos livres avec un prix à 5 dollars qu'à 10 ( pas une hypothèse pour nous d'ailleurs, mais un fait empirique) quel est le prix qui "dévalue" le livre ?

Il est aussi raisonnable de penser que différents auteurs avec différentes "marques" auront un "meilleur prix"  différent. Ce qui semble clair est que seules les plus grandes "marques" maximisent le revenu à des pris unitaires supérieurs ou égaux à $9.99. L'attachement de l'industrie historique à ces prix élevés a peu de rapport avec l'optimisation des revenus aux auteurs, et beaucoup à voir avec une intention de retarder la croissance du numérique et la préservation du positionnement du papier. Mais c'est une vérité inconfortable à admettre pour l'industrie historique, alors elle préfère le discours contre-intuitif selon lequel des prix bas (qui rendent les livres accessibles à un plus grand nombre) "dévaluent" les livres. Il semble dommage que certaines personnes semblent croire que les livres devraient être comme des diamants (de chers marqueurs symboliques de statut, accessibles uniquement à quelques élus) plutôt que des objets vitaux quotidiens accessibles à tous, comme l'eau, la nourriture et autres. Mais l’égoïsme produit des arguments étranges.


NoteDuSFReader : Bien étrange en France, alors que politique de TVA spéciale du livre est à l'exact opposé de la notion de produit de luxe, que ce mème y soit quasi identique...

NoteDuSFReader2 : J'ai écrit un billet (particulièrement abscons, mais je crois assez complet) consacré à l'aspect prix du livre pour tous ses aspects "hors" émotionnel : http://readingandraytracing.blogspot.fr/2014/11/prix-du-livre-la-con.html


Saturday, September 27, 2014

Auteurs et associés

Dans l’actualité du livre numérique (et au sujet de la négociation Amazon/Hachette) dernièrement, deux grands groupements d’auteurs ont fait la Une des médias : Authors United et l'Author's Guild.

Dans les deux cas, ils se sont ralliés derrière Hachette, demandant à Amazon d’accéder instamment à continuer à fournir le service "habituel", du moins tant que les négociations continueront, alors que plus aucun contrat ne lie Amazon et Hachette.

Accolade


Si l’on pousse jusqu’au bout ce raisonnement, ça verrouille toute marge de négociations à Amazon, à qui il ne resterait donc plus qu’à accéder à toutes les demandes d’Hachette, sans rien obtenir en retour.

Remarquez, cette "pseudo-négociation", Hachette et les autres grands groupes d’éditions la connaissent, puisque ça fait des années qu’ils la pratiquent avec les auteurs.

Seulement voilà, avec Amazon, ils tombent sur un os : ils ne sont pas dans la position de force à laquelle ils sont habitués.

Si vous regardez de près la composition de la liste des signataires d’Authors United, ou celle de l’Authors Guild, vous verrez qu’il s’agit le plus souvent d’auteurs à succès ayant pignon sur rue. Des auteurs à qui le système d’édition a réussi.

Évidemment, alors qu’Amazon a réduit au service minimum (et non pas bloqué/censuré/mis sous quasi embargo comme j’ai pu le voir ici ou là) la vente du catalogue Hachette, les ventes de cette maison d’édition ont été impactées. Et avec elles les revenus des auteurs.

Je rappelle au passage qu’Amazon a proposé plusieurs solutions permettant de dédommager les auteurs le temps des négociations avec Hachette, et que ce dernier a refusé.

C’est vrai que par ailleurs les propositions d’Amazon n’étaient pas forcément en faveur d’Hachette. Mais le status-quo actuel est-il beaucoup plus en faveur d’Hachette ? En faveur des auteurs ? Accepter une telle solution aurait sans doute permis de protéger les auteurs, tout en mettant de la pression sur les deux partis pour trouver un compromis rapide...

À l’opposé, bien peu de publicité est faite sur les auteurs qui soutiennent Amazon dans cette affaire, qui ont trouvé en Amazon un "champion" qui leur a ouvert un nouveau marché et pour beaucoup leur permet de vivre de leur plume là où l’édition traditionnelle ne leur laissait au mieux que des miettes.

RustChain

Partout, l’on voit et entend les éditeurs, libraires et avec eux nombres d’acteurs de la chaîne du livre s’offusquer de la place prépondérante d’Amazon, de sa position dominante (ou perçue comme telle). Passées les questions d’optimisation fiscales ou de ressources humaines, que l’on oublie de reprocher aux autres grands groupes à égalité, on préfère s’offusquer de cette position, plutôt que de se demander d’où elle vient, qui la confère et qui en profite.
La réponse, aussi choquante soit-elle sur ce blog, est qu’Amazon est une référence dans le service client, dans la qualité qu’elle apporte, et dans le rapport qualité-prix.

On les entend s’offusquer, mais on n’entend que peu la chaîne du livre se préoccuper du sort des auteurs, qui comparativement au reste de "l’industrie du livre" sont bien peu nombreux à pouvoir vivre de leurs écrits. Oh, on le sait bien, nombreux sont les auteurs qui aspirent à être lus, quitte pour certains à payer des sommes astronomiques pour quelques exemplaires imprimés qu’ils auront toutes les difficultés du monde à diffuser.

Et dans ces conditions, quelle facilité pour les éditeurs de proposer des contrats déséquilibrés, promettant parfois un à-valoir (pratique encore courante au siècle dernier, mais qui tend à disparaître), le plus souvent des rémunérations limites indignes, et s’appropriant toujours plus les droits des auteurs sur leurs créations (tant en durée qu’en périmètre).

Tout le monde ne peut pas vivre de ses écrits, je le conçois bien, mais pourquoi  les auteurs seraient-ils dans la chaîne du livre ceux qui en vivent le moins bien ?

À l’opposé d’Hachette, Amazon est actuellement un des premiers acteurs à soutenir la cause des auteurs. Pas désintéressé, bien évidemment, ne soyons pas dupes. Mais par son soutien ferme à l’auto-publication il apporte beaucoup d’air aux auteurs.

Arthur-Pyle The White Champion meets Two Knights at the Mill

Bien entendu, l’aspect financier direct est évident. De nombreux auteurs américains vivent maintenant de leur plume, pour certains après avoir été refusés par l’Édition, pour certains après y avoir travaillé, et pour d’autres sans avoir jamais ne serait-ce que contacté un éditeur.

Mais il a aussi un impact indirect sur l’industrie de l’édition : en donnant une alternative, il permet aux auteurs de négocier en meilleure position leurs contrats d’édition. Hugh Howey relate dans un billet des améliorations, entre autres contractuelles, qui redonnent du pouvoir aux auteurs. Personnellement, je crois que ces améliorations n’auraient jamais eu lieu sans une vraie alternative au "cartel" de l’édition.

Alors, personnellement, dans la lutte Amazon/Hachette, je choisis Amazon. Direct.

Et j’en appelle à tous les concurrents d’Amazon de monter au niveau. D’améliorer leurs services aux clients, aux auteurs, et aux éditeurs évidemment, pour  une concurrence vive, que j’estime importante.

J’en appelle aussi aux éditeurs à améliorer leur offre pour les lecteurs, entre autres en baissant le prix des livres, papier un peu, mais surtout numérique, pour que la lecture devienne plus accessible aux lecteurs, je suis persuadé qu’en proposant les livres numériques à des prix plus faibles, ils trouveront de nouveaux lecteurs, pas forcément des gros, mais nombreux. Que les lecteurs augmenteront le nombre de leurs lectures, et que tout le monde y trouvera son compte.

Aux éditeurs, je demande aussi de mieux rémunérer les auteurs, de mieux refléter les économies réalisées sur le numérique, directes ou indirectes... et aussi d’arrêter leur inflation sur les droits mal-acquis... (Je demande, mais je sais bien que c’est peine perdue. Les éditeurs équitables ne m’ont pas attendu, les autres ne m’entendront même pas).

Enfin, j’en appelle aux auteurs à mieux se protéger. À négocier leurs contrats. A (évidemment ?) envisager de ne pas signer... À consulter des spécialistes avant de signer.

Et ça tombe bien des spécialistes, il y en a parmi eux. À la SGDL par exemple, mais aussi dans toutes les autres associations d’auteurs.

Hotel Thiroux de Montsauge

Mme Marie Sellier, Présidente de la SGDL, a écrit cette tribune dans Le Monde il y a presque un mois. Je vous invite sérieusement à la lire. Vous y constaterez évidemment que mon avis diffère sensiblement du sien dans le différent Hachette/Amazon. Mais ce que je vois de très différent par rapport aux communiqués d’Authors United et l’Author’s Guild, c’est qu’elle ne traite pas les éditeurs en seigneur, mais en partenaire.

Un partenaire qui, à mon avis, a trop longtemps profité de la situation.

Avec de tels champions que l’Author’s Guild ou Authors United, conquis qu’ils sont au système qui les soumet, le livre aux US redeviendrait ce qu’il a été avant 2010 : un espace économique ne profitant quasiment qu’aux best-sellers et à leurs éditeurs, au détriment non seulement des auteurs de milieu et en marge de catalogue, mais aussi des lecteurs, à qui on reviendrait à vendre des livres hors de prix, et donc ultimement au détriment de la Lecture.

En France, la SGDL conserve sa liberté. Pas assez de moyens, pas assez de poids pour négocier en bonne position, par exemple sur le sujet du nouveau contrat d’édition.  Et là, même si je le souhaite, je ne sais pas comment l’aider. Bien possible que ma dernière idée ait fait long feu... :-(

Mais si vous êtes auteur, je vous invite à les contacter et voir avec eux. Je crois qu’il y a de nombreux chantiers qui les attendent, et qu’ils auraient besoin de soutien, direct ou indirect.

Sunday, March 24, 2013

Lettre aux héritiers ReLire

Jeudi, j'ai vu dès l'ouverture de ReLire que certains membres de ma famille étaient concernés. En effet, un de mes arrière-grands-oncles (ou quelque chose comme ça, je ne connait pas assez ma généalogie) a vu publié plusieurs dizaines de ses livres, et 5 d'entre eux font parti des "élus" pour la numérisation.

Je suppose que vous connaissez mon aversion pour le dispositif "livres indisponibles",mais j'avoue que si, dans un premier temps, j'ai été choqué à l'idée que les livres concernés puissent être numérisés comme ça, dans un second temps, je me suis demandé si les héritiers (le monsieur est décédé il y a quelques années) ne trouveraient pas plus confortable de laisser faire. Dans tous les cas, c'est à eux de faire ce choix, et au minimum de se faire inscrire comme AD des-dits livres pour toucher la compensation prévue par la loi.

C'est pour cela que j'ai écrit le mail suivant à mon père et oncles et tantes, qu'ils fassent suivre à qui de droit.

************

Chers tous,

Comme vous le savez sans doute, je suis un lecteur "numérique" depuis un ou deux ans. Ce que vous savez peut-être moins, c'est que je m'intéresse de près aux chamboulements apportés par le numérique au monde du Livre.

C'est donc avec intérêt que j'ai suivi l'année dernière un certain nombres de débats et de décisions autour du projet (puis adoption) de loi sur "l'exploitation numérique des oeuvres indisponibles". L'objectif du dispositif est d'encourager la numérisation des oeuvres indisponibles du XXeme siècle, afin d'en permettre une nouvelle diffusion et conservation, les revenus étant censés être répartis entre l'auteur (ou ses héritiers/ayant droits) et l'éditeur qui assurerait numérisation et exploitation commerciale. Si l'objectif est louable en soit, un certain nombre d'analyses (avec lesquelles je suis d'accord) pointaient des problèmes dans le dispositif, entre autre sur un déséquilibre en faveur des éditeurs face aux auteurs. Déséquilibre d'autant moins compréhensible qu'il donne priorité à l'éditeur historique, celui-là même qui aura manqué à ses obligations de commercialisation continue si l'oeuvre est effectivement indisponible.

A vrai dire, à l'époque, si j'étais contre le principe de cette loi, je ne me sentais pas directement concerné. Mais ça a changé avec le lancement effectif du système cette semaine : En effet, avec la parution de la première "liste" des œuvres proposées pour ré-exploitation numérique (sur le site Relire.bnf.fr ) : sur la recherche de [mon nom de famille], on obtient 6 résultats : 5 livres d'[XXXXX], et 1 compte rendu de réunion, rassemblé par [YYYYYY].

Les personnes concernées par ces livres (mais aussi par les autres livres "familiaux" comme [ZZZZZZZZZ]) devraient à mon avis se pencher attentivement sur la question de savoir s'ils souhaitent laisser les sociétés de gestions et éditeurs historiques gérer la numérisation, ou s'ils préfèrent s'en occuper eux même, directement (la publication d'un livre numérique est à la portée de tout un chacun), ou en cherchant un nouvel éditeur. Dans un cas comme dans l'autre, il faut se manifester auprès de la SOFIA pour être certain qu'ils aient les coordonnées du(es) membre(s) de la famille  concerné(s).

Il faut aussi noter que le moment le plus favorable et facile pour un auteur (et la seule pour les Ayant-Droits ou Héritiers) de retirer un livre du dispositif est la période de 6 mois après l'apparition du livre dans la liste. Pour les 6 livres concernés, le "compte à rebours" est déjà lancé. Et qu'il redémarrera peut-être pour d'autres livres l'an prochain.

Note le 29/05/2013 : Complété avec la "nouveauté" issue du décret d'application de la possibilité réduite pour les héritiers pour retirer le livre : les 6 premiers mois uniquement. Pas de retrait pour droit moral ultérieur pour eux.

Je suis à la disposition de tous pour répondre (avec mon point de vue sans doute partial) à ceux qui auraient des questions, et/ou rediriger vers d'autres sources, d'un côté comme de l'autre du débat.

Bisous à tous !

[Mon Prénom]

PS: encore quelques liens sur le sujet :
http://n.survol.fr/n/relire-a-relire
http://scinfolex.wordpress.com/2013/03/22/accords-auteursediteurs-sur-le-contrat-dedition-un-meilleur-equilibre-vraiment/
http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3447
http://ledroitduserf.wordpress.com/2012/06/19/interview-dayerdhal-par-actusf/

Saturday, September 24, 2011

Le relecteur Littéraire

Dans la suite du post précédent, concernant les éditeurs/editors, je suis retombé sur ce blog de J.A.Konrath...
Et n'ai pas résisté au besoin de le traduire.

Le "relecteur littéraire" (acquisitions editor) est la personne chez un éditeur, chargée du contact avec les auteurs, par exemple pour le choix des livres, et les discussions "éditoriales".


http://jakonrath.blogspot.com/2010/09/acquisitions-editor.html

Le relecteur littéraire

Quatrième étage de la Tour Top Branchée, New York
(Auteur est escorté par un Assistant dans le bureau de l'Editeur)


Editeur: Bonjour ! Assistant, peux-tu m'apporter un cappuccino, larme de lait, deux Stevias ? Auteur, voulez-vous quelque chose ?

Auteur: Non, merci.

Éditeur : Installez-vous, je vous en prie.

(Auteur s'installe face au bureau d'Editeur)

Editeur: Je suis heureux de vous dire que nous allons publier électroniquement votre nouveau roman. Escitant, non ?

Auteur: Je suis flatté. Mais il y a quelques points que je ne comprends pas. J'espérais que vous pourriez les éclaircir pour moi.

Editeur: Bien sûr. Je suis là pour vous. Nous sommes partenaires maintenant. Quelle période excitante.

Auteur: Ouais. Bon, tout d'abord, j'essaie de comprendre cette structure de royalties.

Editeur: C'est du standard. Vous recevez 25% des reçus nets.

Auteur: Avec le modèle d'agence, ça signifie que je gagne 7.5% du prix catalogue.

Editeur(radieux): Pas mal, hein ? Si c'était un de ces vieux livres poches démodés, vous ne gagneriez que 8%.

Auteur: Mais les poches coûtent $7.99. Vous voulez vendre mes ebooks pour $9.99.

Editeur: Nous avons déterminé que c'était le meilleur prix.

Auteur: Comment ?

Editeur: Excusez-moi ?

Auteur: Comment avez-vous déterminé le meilleur prix ? Avez vous demandé des études ? Sondé des lecteurs ? Expérimenté avec différents prix ?

Editeur: Nous sommes arrivés à $9.99 en le comparant au prix des livres papiers.

Auteur: Mais les livres papiers coûtent de l'argent à créer. Il y a l'impression et le transport. Et même comme ça, les poches sont à moins de $9.99.

Editeur: Nous suivons juste le marché.

Auteur: En fait, non. Vous déterminez le prix de vente. C'est vous qui positionnez le marché, vous ne le suivez pas. Et $9.99, me semble élevé.

Editeur: Vous devriez nous laisser nous préoccuper de ça. C'est pour ça que nous sommes partenaires. Vous vous concentrez sur  l'écriture, nous nous occupons de la partie affaires. Ca fait parties des services que nous proposons.

Auteur: Quel est ce service, déjà ? Je veux dire, il n'y a pas d'impression, de transport...

Editeur: Vous croyez que ce sont les seuls coûts impliqués pour mettre un livre sur le marché ? (rire forcé) Vous autre auteurs êtes si naïfs.

Auteur : Éclairez moi, je vous en prie.

Editeur: Et bien, nous relisons. Les livres ont besoin de relecture. Nous créons aussi la couverture. Les livres, même émectroniques, ont besoin de couverture.

Auteur: Continuez.

Editeur: La liste est tellement longue que j'ai du mal à tout retenir. Il y a, euh, la présentation catalogue (catalog copy).

Auteur: Vous présentez les ebooks en catalogue ?

Editeur: Ben, non. Mais nous faisons beaucoup de promotion.

Auteur: Comment exactement faites vous la promotion des ebooks ?

Editeur. C'est si nouveau que nous sommes encore en train de le découvrir. Mais nous avons très récemment emmené l'équipe à Seattle pour des réunions sur comment faire la promotion des ebooks. Nous y sommes restés deux semaines. Je crois que nous avons fait de réel progrès.

Auteur: (dans sa barbe) Vous pourriez peut-être faire une réunion pour mieux choisir où dépenser votre argent.

Editeur: Ces réunions auront lieu le mois prochain en Floride. Au Ritz Carlton. On va payer Warren Buffet comme conférencier.

Auteur:(soupirant) Y a t'il d'autres coûts pour mettre un ebook sur le marché ?

Editeur : Il y a la publicité.

Auteur: Vous faites de la publicité pour les ebooks ?

Editeur: On le prévoit, quand on aura le temps. Peut-être sur ce Facebook. Les enfants semblent adorer. On utilise aussi Twitter.

Auteur: Facebook et Twitter sont gratuits.

Editeur: Les publicités sur Facebook sont payantes.

Auteur : Personnellement, sur combien de publicité Facebook avez-vous cliqué ?

Editeur: Aucune. Ces trucs stupides m'énervent.

Auteur: Alors, soyons clairs. Il n'y a pas de prix d'impression, de transport, de stockage, et vous ne faites ni catalogue, ni promotion, ni publicité...

Editeur: (claquant des doigts comme s'il se souvenais de quelque chose)) Nous formattons et téléchargeons aussi les ebooks aux revendeurs.

Auteur: Combien de temps ça vous prends ?

Editeur : Pardon ?

Auteur: Pour éditer un livre, faire une couverture et le formater ?

Editeur: Eh bien, On peut passer deux ou trois semaines sur un titre pour le préparer.

Auteur: Neuf mois.

Editeur: Quoi ?

Auteur: Neuf mois, en travaillant 60 heures par semaines. C'est ce que ça m'a pris pour écrire mon roman. Ca semble un peu plus long et dur que vos trois semaines. Et pourtant, je ne récupère que 1.5% du prix que vous choisissez. Savez vous quel est votre pourcentage ?

Editeur: Comme ça, non.

Auteur: Vous prenez 52.5%.

Editeur: Vraiment ? Euh.

Auteur: Pour moi, ça ne me semble pas juste.

Editeur: Vous ne semblez pas comprendre que vous avez besoin de nous. Sans relecture et couverture...

Auteur (l'interrompant)Disons que vous vendiez dix mille copies. Ce qui, à votre trop grand prix, semble improbable. Mais disons que vous y arriviez. Ça veut dire que je gagne $17 500...

Editeur : Une jolie somme...

Auteur: ... et vous gagnez $52 500. Même si vous n'avez travaillé dessus que trois semaines.

Editeur: Mais vous admettrez que nous avons créé pour lui une couverture du tonnerre.

Auteur: C'est vrai. Mais pour cinquante mille dollars, je parie que je pourrais moi-même acheter une couverture honnête. Je parie que je peux payer un docteur pour réveillez Pablo Picasso de parmi les morts et lui faire faire la couverture.

Editeur: N'oubliez pas la relecture.

Auteur: Combien de temps ça vous prends pour relire un manuscrit ?

Editeur: Pardon ?

Auteur: En heures. De combien on parle ? Dix? Vingt ?

Editeur: Ca peut prendre jusqu'à cinquante heures,  avec de multiples parcours complets, et la "line edit".

Auteur: Combien gagne un relecteur par heure ?

Editeur: Pardon ?

Auteur: Disons 50 dollars par heure? Je trouve ça beaucoup, et aussi que votre estimation de cinquante heures est trop élevée, mais même en prenant ces deux là,, on arrive à seulement $2500. Et d'après le "Artist & Graphic Designer's Market", la couverture devrait coûter aux alentours de $2000.

Editeur: N'oubliez pas le formatage et le téléchargement.

Auteur: Je peux payer un gars $200 pour formater et télécharger le livre. En fait, je peux aussi payer un gars $300 pour la couverture et un relecteur pour faire à la fois le "content" et le "copy editing". Mais vous ne me facturez pas 1000 $ ni même 4500 $. Vous prenez 52 500 $. Et ce prix peut même grandir? Si j'embauche mes propre éditeur et artiste, ces prix sont fixes. Vous continuez à prendre vos 52.5% pour toujours.

Editeur: Vous ne semblez pas comprendre. Savez vous combien ça coûte de louer ce bureau ? Nous payons 25 000 $ par moi, hors charges? J'ai trois assistants. Nous avons la couverture médicale... et des frais ! Avez-vous idée de combien ça coûte d'inviter les agent littéraires au déjeuner ?

Auteur: Mon agent n'a pas participé à cet accord.

Editeur: Rien à voire !

(Assistant entre, avec le café)
Assistant: Voici votre cappuccino, Editeur.

Editeur: Voilà un autre coût! Nous avons payé 5000 $ pour cette machine à cappuccino ! Comment sommes nous sensés rester dans survivre sans nos 52.5% ?

Auteur:(se levant) Je crois que nous avons terminé.

Editeur: Attendez une seconde ! Vous avez besoin de nous ! Sans nous pour valider votre travail, vous ne serez jamais considéré comme légitime ! Vous ne serez qu'un riche inconnu!

(Auteur se tourne pour partir)

Editeur: Pensez à ce que vous ratez! Quand on fait une couverture, nous le faisons sans le moindre ciblage, et ne portons aucune attention à vos souhaits ! Nous changeons arbitrairement votre titre pour quelque chose qui nous semble mieux, sans aucune preuve! Nous prenons douze mois pour publier un livre après que vous ayez rendu le manuscrit quand ça ne vous prendrais qu'une semaine ! Nous payons deux fois par ans, plutôt qu'une fois par mois si vous publiez vous-même, et notre comptabilité est difficile à comprendre et peut-être biaisée! Et puis on peut vous laisser tomber sans raison particulière! Vous ne pouvez pas renoncer à tout ça!

(Auteur s’arrête, puis se retourne).

Auteur: Ah; c'est vrai que j'ai besoin d'un éditeur.

Editeur: Vous voyez, je vous l'avais bien dit!

(Auteur tend à Editeur sa carte de visite)

Auteur: Quand votre société aura fait faillite et que vous vous retrouverez a chômage, je veux que vous me contactiez. Envoyez moi une lettre. Listez vos qualifications pour relire mon livre, ainsi que vos tarifs. Mettez aussi une enveloppe affranchie à votre adresse. Si je ne vous réponds pas dans les six moi, pas besoin de me relancer. Ça veut dire que je ne suis pas intéressé...  

Wednesday, September 21, 2011

Editeur VS Editor. Fight !


Dans toutes les discussion actuelles que j'ai en français sur l'auto-édition/publication, revient un problème de vocabulaire : le mot "éditeur" et sa "traduction" directe "editor" sont loin d'être équivalentes. Bien que pas complètement "faux amis", on est très loin d'une adéquation totale.

Le terme le plus correct pour traduire "Éditeur" serait "Publisher" (qui pourrait être en retour traduit par "Publieur" mais ne l'est qu'en référence au terme anglais.). Je vous renvoie à l'article Wikipedia pour plus de détails (http://fr.wikipedia.org/wiki/Édition_littéraire)

Cet article Wikipedia présente la chaine du livre en 5 étapes :
  • La création,
  • De l'auteur à l'éditeur,
  • De l'éditeur à l'imprimeur,
  • L'impression
  • La commercialisation.

Sur ces 5 points, seuls les second et troisième points sont directement couverts par l'"editor" anglais.
Une définition de ce terme (restreinte au domaine des livres) pourrait être "personne qui corrige, révise ou adapte un texte". 
Un découpage plus fin peut encore être effectué :

L'acquisition editor, est un "employé" du publisher, dont le rôle est après un premier filtrage, de choisir parmi les manuscrits reçus un certains nombre de candidats "sérieux" à publication. Intégré à l'équipe éditoriale, il poussera ses "poulains" pour qu'ils soient publiés.
2 liens :
http://jakonrath.blogspot.com/2010/09/acquisitions-editor.html

Puis, on peut distinguer différents niveaux de finesse au niveau de l'édition :

Cohérence globale, Style général etc... sont plutôt gérés par un "Copy editor".
Son rôle est de rendre un livre homogène et cohérent. Par exemple il cherchera les "trous" ou les incohérences dans la trame, les mauvaises habitudes stylistiques de l'auteurs.
http://en.wikipedia.org/wiki/Copy_edit

http://en.wikipedia.org/wiki/Editing

Le "Line Editor" est plus concerné par la cohérence grammaticale, syntaxique, ponctuation etc, au niveau des phrases ou des lignes de textes.
http://www.wisegeek.com/what-is-a-line-editor.htm

Enfin, le "Proofreader" (Relecteur en frannçais ?) s'assure de l'absence de coquilles après formatage du livre.

Bien sur, un editor peut exceller et exercer dans ces trois "niveaux", mais pour autant, à force de relecture d'un même texte peut perdre sa "sagacité".

Dans les faits, un "éditeur" à la française prend à sa charge les taches liées à l'"editor", ce qui lui permet de publier un texte sans fautes majeures, tel qu'attendu par les lecteurs. 
De ce fait, il semble évident qu'un auto-publieur sous sa casquette de Publieur, doit assurer (personnellement ou en faisant appel à des "editors" externes) ces tâches d'édition.

[MAJ] Obtenu par l'intermédiaire de l'HADOPI quelques équivalences "françaises" aux termes anglais :
le proofreader est le "relecteur des épreuves"
le copy editor serait le "relecteur du texte", celui qui fait des suggestions de réécriture
le line editor serait celui qui vérifie la typographie et la place des virgules et des points
(pas de certitudes sur les deux derniers)
Merci à eux :-)

[MAJ2] Voici un article très clair concernant les relectures ! Ça me manquait !
http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2011/09/26/bookcamp4-leconomie-de-la-correction/
et puis
http://www.liberation.fr/culture/0101612104-correcteurs-a-rude-epreuve

Friday, September 9, 2011

Tas de Gadoue





Une nouvelle traduction, cette fois-ci d'un billet de Kristine Kathryn Rusch. Elle est auteur de plusieurs dizaines de romans, a été éditrice (et a gagné à ce titre plusieurs prix). Son mari (écrivain également) a dirigé une petite maison d'édition spécialisée dans le fantastique et la science fiction. 
Ils auto-publient de nombreux livres, pour certains après en avoir récupéré les droits.
Tout cela lui donne à mes yeux une certaine légitimité à parler de l'édition aux Etats-Unis.
Il faut noter je pense que l'édition outre-atlantique est sans doute différente avec celle que nous connaissons en France, ce qui peut rendre certaines mentions inapplicables ici. Par exemple, je ne suis pas sûr de l'influence des agents littéraires ici, et alors qu'aux USA, les livres reliés sont encore bien présents, ce n'est plus vraiment le cas chez nous (merci Prix Unique du Livre !).

Celui de son mari : http://www.deanwesleysmith.com/


Vérités sur le Tas de Gadoue
Kristine Karhryn Rusch

Chaque semaine, on m'envoie des liens vers divers articles/billets concernant l'édition que je pourrais ne pas avoir vus. J'adore ces liens. Je ne vois pas tout, et quand je suis pressée par les délais, comme je l'ai été en mars, je n'ai pas le temps de fureter à la recherche d'informations sans liens avec mon projet en cours.

Mais la semaine dernière, au moins trente personnes (peut-être plus si vous comptez les gens sur Facebook) m'ont envoyé un lien vers le billet ridicule d'Eric Felten au Wall Street Journal intitulé “Cherish the Book Publishers—You’ll Miss Them When They’re Gone.” (Protégez/Aimez/Profitez de vos éditeurs, ils vous manqueront lorsqu'ils auront disparu). 

Pourquoi est-ce que je qualifie ce texte de Felten de ridicule ? A part le fait qu'il dise ce que des auteurs d'endroits comme NPR ou The Daily Beast disent depuis deux ans, il ne montre aucune quelconque compréhension de l'industrie du livre. Si il avait réellement réfléchi au sujet et fait un peu de recherche, alors peut-être en aurait-il tiré aune autre conclusion.

Son postulat de départ est assez simple : sans les éditeurs de livre, les lecteurs ne seront plus capables de trouver les bonnes choses au milieu des immondices.

Allez, gars ! Ces arguments étaient déjà vieux il y a cent ans lorsque la lecture a cessé d'être réservée aux riches et éduqués, et est descendue atteindre les masses. Quelqu'un c'est il jamais posé la question de pourquoi on a fini avec un fossé entre la « littérature intellectuelle » et la « culture de masse » (low brow crap) ? C'est parce-que les sachants (cognoscenti) ne contrôlant plus ce que les gens lisaient, perdirent une grande partie de leur puissance, alors ils durent inventer des mots pour distinguer les livres « approuvés » et ces « trucs » au genre puant (stinky genre stuff).

Que ce passe t-il maintenant ? Les faiseurs de goût littéraire – correcteurs, éditeurs, critiques etc. – voient leur contrôle de ce qui est lu disparaître, alors ils écrivent des articles tels que celui-là.

Honnêtement, c'est devenu le marronnier de l'année. Tu ne sait pas quoi écrire sur ton blog hebdomadaire ? Écris comment l'édition numérique/l'édition indépendante/l'auto-publication va ruiner les livres pour nous autres.

Felten explique ce qu'est un Tas de Gadoue. (Pour ceux qui ne le savent pas, c'est l'endroit où les inconnus envoient les manuscrits à un garde-barrière (gatekeeper), habituellement un assistant éditeur, qui filtre alors les manuscrits et envoie ce qui est bon au vrai éditeur). Il cite « un ami » qui a fait ça pendant deux ans et n'a trouvé qu'un seul manuscrit à valant d'être recommandé.

Puis il ajoute « l'ère des livres électroniques nous promet à tous le plaisir de fouiller nous même dans le Tas de Gadoue, alors même qu'il grandit exponentiellement. »

Laissez-moi vous dire, Mr Felten, en tant que personne ayant lu de la gadoue pendant 10 ans, découvert de nombreux nouveaux auteurs,et gagné à la fois un World Fantasy Award et un Hugo Award pour son travail d'édition, le Tas d Gadoue n'est pas une sorte d'horrible chose grandissante et mouvante à éviter. C'est une tour d'espoir, de rêves, d'auteurs qui veulent faire quelque-chose de leur vie.

Oui, il y a du mauvais là dedans. Mais le mauvais est moins commun que l'ennuyeux, le médiocre, le non-original. Le gros du Tas de Gadoue est ennuyeux, pas abominable. Vous commencez à lire un de ces manuscrits, vos yeux se floutent, vous le posez et passez à autre chose.

Ça vous dit quelque-chose, lecteur ? Bien sur que oui ? La gadoue ça ressemble à votre propre expérience avec les livres publiés traditionnellement. Et oui, vous le faites déjà avec des titres qui ont déjà été publiés.

Je suis sûre que si vous donnez à Mr Felten un verre de vin ou deux, il vous dira dans les termes les plus directs quels genres il ne lit pas. Il appelle les e-books « e-pulp fiction » alors vous sentez déjà son snobisme des genres. (Et à nouveau il vous montre de quel côté du gouffre « Intellectuel/Masse » il se serait trouvé il y a  cent ans. Cet homme n'aurait jamais choisi de loisir « populaire ». Il aurait préféré de coûteux livres reliés préalablement approuvés par des « vrais » editeurs, pas des éditeurs « pulp ».)

Mais revenons-en à cette séparation entre genres. Je parierais que Mr Felten n'a jamais lu de roman « sentimental », ou au moins ne l'a jamais avoué. (Le « sentimental », pour ceux qui ne le savent pas, vend plus que tout autre genre.) Il pourrait bien lire de la fiction « mystère » littéraire, et de la science-fiction « approuvée » – vous savez recommandée par Oprah, comme Cormac McCarthy. Mais clairement il ne respecte pas le « fantastique ».

Ses dernières lignes, qui se veulent mordantes et drôles, sont : « Qui sait combien de grands livres attendent d'être découvert ? Mais est-il plus probable de les trouver une fois que les pros de l'édition auront été poussés à la porte ? J'en doute vraiment – même si il y a maintenant un espoir pour cette série de romans que j'ai commencé d'écrire à propos d'un détective elf qui voyage à travers le temps pour faire la cour à la cousine au troisième degré d'Hélène de Troie, qui à son tour, se trouve être une troll plus-séduisante-que-d'habitude . »

Il dit ça comme si ce genre de livres ne pourraient pas être publiés par des éditeurs actuels. Et, gars, sors du coin littérature de ta librairie et promènes-toi. Jette un œil à la table des best-sellers. Regarde les livres avec « Urban Fantasy » sur la tranche. Tu va en trouver un paquet des livres exactement comme ça. Et devine quoi ? Ces beautés ont traversé sans encombre le tas de gadoue traditionnel.

Pourquoi je m'en prends à ce type ? Principalement parce-que vous avez été si nombreux à m'envoyer ce truc débile (silly piece), ce qui prouve bien que beaucoup d'entre vous lisent le Wall Street Journal plutôt que les bloggers plus obscurs du site de NPR. (ils ont couvert ce sujet l'été dernier.) Je crois que certains d'entre vous me l'ont envoyé parce que vous êtes d'accord avec lui, parce que vous avez acheté un bout de ce terrain marécageux en Floride avec l'écriteau qui dit « Garde Barrières professionnels Nécessaire ».

Je déteste devoir vous le dire. Les lecteurs de Tas de gadoue dans les maisons d'édition comme cet « ami » de Mr Felten se sont retrouvés sans emploi il y a une dizaine d'année, quand les maisons d'édition traditionnelles ont fermées leur porte aux manuscrits sans « agents ». La pile s'est alors glissé dans les bureaux des agents, et les agents, qui n'avaient pas le temps de lire ce tas grandissant, l'ont simplement ignoré.

C'est pour ça que tant d'auteurs débutants se plaignent de ne jamais obtenir de retour de personne. Il n'y avait personne pour lire des manuscrits. Les auteurs qui ont réussi à se faire lire avaient déjà été découverts par ailleurs, à travers une forte carrière dans les « short stories » (histoires courtes) (en science-fiction, fantastique, et mystère) ou au travers de concours (comme le Golden Heart en sentimental). Parfois certains de ces auteurs, ceux qui ont de l'argent et/ou du culot (chutzpah), ont obtenu d'être présenté à un éditeur lors d'une conférence d'auteurs et « la carte de visite » , qui était comme la clé magique pour rentrer dans le royaume. L'éditeur ayant promi de lire quoique ce soit lui arrivant accomagné de la carte de visite originale (pas une photocopie).

Ah mais à entendre Mr Felten, ce système est merveilleux. Il ecrit, « Le garde-barrière vieux et étriqué est sensé être remplacé par le 'média social'. Mais les auto-publiés découvrent qu'obtenir l'attention de la foule une fois leur e-book sorti n'est pas facile. Ce qui mène à des efforts pour gruger (to game) le jugement du nouvel et amorphe réseau d'influence ».

Comme si le vieux système n'était grugé par personne. Des gens enseignaient dans des ateliers comment obtenir du garde-barrière vieux et étriqué un coup d'oeil au manuscrit d'un auteur inconnu. Pas de le lire, d'y jeter un oeil. Et si le mauvais garde-barrière le lisait, alors seule la persévérance de l'auteur pouvait faire publier le livre. Neuf garde-barrières vieux et étriqués ont refusé le premier livre de la série Harry Potter ( et je l'aurais fait aussi : ce premier chapitre n'avait pas de mise en place (setting), même une fois le livre publié). Dix-sept G-BVE ont refusé Journal d'un Princesse et vingt trois on décliné Dune.

Oh, attendez. Désolée. J'utilise des exemple de mauvaise fiction. Tournons nous plutôt vers la littérature, d'accord ? Et si on se tournait vers les seize VEG-B qui ont refusé Le Journal d'Anne Frank ou les vingt deux G-BVE qui ont refusé Les Gens de Dublin de James Joyce ?

Oui, ces garde-barrières vieux et étriqués savaient parfaitement ce qu'ils faisaient.

C'est ça le problème du vieux système. L'auteur devait continuer de chercher jusqu'à ce qu'elle trouve un  garde-barrière vieux et étriqué qui croyait en son travail. Puis ce pauvre garde-barrière vieux et étriqué devait encore convaincre les autres garde-barrières de la maison d'édition d'investir des dizaines de milliers de dollars dans l'édition de ce livre. C'était une sacré colline – et franchement, tous les livres l'ayant franchis n'étaient pas forcément bons. Je suis sûre que Mr Felten en conviendra : les éditeurs traditionnels ont sorti des tas d'immondices. Lui et moi ne somme sans doute en désaccord sur ce qu'est un immondice. Moi, déjà, non seulement je lis du sentimental, mais j'en écris aussi. J'apprécie les histoires de voyage temporel et d'elfes détectives, et j'en ai (dans mon rôle de  Garde-Barrière Vieille et Étriqué dans le « The Magazine of Fantasy & Science Fiction ») acheté quelques un de temps à autre.

Avoir un  garde-barrière vieux et étriqué n'empêche pas un mauvais livre d'être publié. Pas plus qu'il n'empêche une bon livre de passer inaperçu. Même avant la révolution des e-livres , il y avait beaucoup de fond sonore, et on attendais des auteurs qu'ils fassent la promotion, encore, et encore, et encore de leurs propres livres pour dépasser ce fond sonore.

Et maintenant ? Le fond sonore a t-il empiré ? Je ne le crois pas. Je pense même qu'il s'est calmé. En partie à cause de cela : la révolution des e-livres implique que les livres vont rester en cours (in print ). Le premier moyen pour attirer l'attention est par le bouche-à-oreille. Ça ne se fabrique pas, le bouche à oreille. L'industrie du film a essayé pendant des années, et ça lui est retombé dessus, spécialement depuis deux ans quand Twitter a commencé à grimper. Les ciné-mordus (Movie-goers ?) qui allaient voir les avant-premières d'un film attendu tweetaient soit que le film était bon, soit qu'il était nul. Le bouche-à-oreille se diffusant rapidement à travers le média social, s'est mis à déterminer les résultats box-office du week-end.

On s'est habitué au phénomène maintenant, ce qui explique pourquoi on peut entendre qu'un film avec un bon premier jour de lancement peut s'écrouler sur le week-end, mais ca été un vrai choc dans l'été Twitter de 2009.

Le même phénomène se passe avec les livres. Les gens s'en fichent de lire le dernier livre à la mode. Ils veulent un livre qui leur plaira. Les éditeurs traditionnels gèrent les livres comme des produits, les enlevant des rayons comme s'ils allaient pourrir après un mois. Alors il était impossible de bâtir un lent bouche-à-oreille.

Ce n'est plus le cas. Un bon livre va finir par remonter jusqu'en haut. Ca va prendre du temps, et aucune gruge du système ne donnera à un livre plus de succès qu'il n'aurait eu sans la gruge. Ça pourrait lui donner plus d'élan au démarrage, mais si ce livre ressemble en quoi-que ce soit à ce que j'ai vu dans le Tas de Gadoue, aucune quantité de tweet, d'auto-promotion, de critique par des pairs, ou de soldes ne le fera lire par des milliers de personnes.

Alors comment se faire remarquer de nos jours – en tant qu'auteur indépendant ou traditionnellement édité ? Il faut écrire un bon livre. Puis être patient.

J'en ai vu des blogs d'auteurs qui ont mis leurs livres sur Kindle, puis regardé les chiffre et se plaindre de deux trois ventes en un mois. Ouais, Ouais, se plaignent-ils, le mois d'après j'ai fait six ventes, et le mois suivant douze, mais dix-huit ventes en trois mois ne vont pas me rendre riche.

Et pourtant... le livre est sur une tendance montante. Ce qui veut dire que les trois lecteurs d'origine en ont probablement parlé à un ou deux amis qui ont lu le livre, et ces amis en ont parlé à leurs amis et ainsi de suite. 

C'est vrai, on ne devient pas riche dans l'année 2011 avec ces chiffres, mais avec un peu de patience, et la volonté d'écrire et publier d'autres livres (plutôt que de dépenser tout son temps en promotion), on peut se faire un petit revenu sur ce livre pour 2013. Et en 2015 on pourrait avoir assez pour dire adieu à son boulot régulier.

Ce qui est mieux que ce que font la plupart des auteurs publiés traditionnellement quatre ans après leur première édition.

Comment les lecteurs le trouveront-ils ? Ils lisent les critiques, regardent les billets sur les blogs, ou recherchent parmi les titres de leur genre favori. Ils écoutent leurs amis et regardent le petit algorithme sur la page d'un livre qu'ils ont apprécié, cet algorithme qui dit, Les gens qui ont acheté ce livre ont aussi acheté celui-là. Vous croyez que ça ne marche pas ? Avez-vous déjà regardé des livres qui apparaissaient à cause de cet algorithme ? Je parie que oui – et plus d'une fois.

Voici encore une vérité sur le Tas de Gadoue : le plus gros du tas est fait d'œuvres récital. Par ceci, je veux dire le seul et unique roman ou nouvelle que ce pauvre gars a écrit. Peut-être que c'était leur thèse. Peut-être ont-ils dû l'écrire (et l'envoyer) comme devoir d'Anglais (Français). En musique, ce genre de chose est appelée une œuvre récital. Quiconque ayant pris un cours de musique en a une – cette œuvre travaillée encore et encore jusqu'à devenir le meilleur que le musicien novice puisse donner. Ça pourrait être la seule chose que le musicien (maintenant confirmé) pourra jouer sur son (ancien) instrument, mais cette personne l'a appris, oh surprise (by gum), et la jouera dès qu'on lui en donnera l'occasion.

Oui, ces œuvres récitals arriveront sur les étagères d'e-livres. Et la plupart auront quelques téléchargements et ne se vendront pas. Ils vont gonfler les chiffres – ceux-là mêmes que des gens comme Mr Felten montreront pour prouver qu'il y a trop de titres auto-publiés – mais la plupart des gens ne les verront même pas. Les quelque personnes forcées de l'acheter (amis, famille) ne recommanderont certainement pas ces œuvres récital à leurs amis de lecture.

Et ces livres seront faciles à ignorer.

Mais les livres difficiles à ignorer seront ceux d'un auteur jusque-là inconnu qui aura écrit un premier chapitre du tonnerre. Quelque lecteur de « Toutlabas sur Plusloin » (Outer FarAwayFromHere)télécharge l'extrait gratuit, et quelques mois plus tard le lis. Il commande immédiatement après le reste du livre, reste levé toute la nuit pour le finir et arrive les yeux dans le flou au boulot le lendemain. Que fait ce lecteur ? Il raconte à ses amis de la Treès Grosse Usine de Toutlabas sur Plusloin qu'il n'a pas dormi à cause de ce super livre. Puis à la pause déjeuner, cinq de ces amis téléchargent l'extrait gratuit. Le cycle recommence à nouveau.

En qui allez vous avoir confiance pour vous recommander des livres ? En des Garde-Barrières Vieux et Étriqués comme moi qui ont des préjudices de lecture (« Pas de mise en place ! Mais à quoi pense donc cette Rowling ? ») qui les empêcheront de rentrer dans une bonne histoire ou dans vos amis qui ont adoré, adoré, adoré ce livre. Imaginez combien notre culture serait différente si  Garde-barrière Vieux et étriqué N° 10 avait aussi refusé Harry Potter.

Maintenant, imaginez ce qui se serait passé si l'e-publication avait existé fin 1990, quand Rowling a commencé. Elle serait quand même plus riche que la reine, mais 7 fois plus riche que maintenant car elle gagnerait ça en plus en royalties. Et on aurait peut-être pu lire à propos de ce cher vieux Harry Potter deux ans plus tôt.

On en aurait entendu parler par des amis qui seraient restés levés toute la nuit, incapables de reposer le livre.
Oh, attendez ! C'est comme ça qu'on en a entendu parler. Je ne sais pas pour vous, mais c'est par la recommandation d'amis, ayant les même préjugés que moi pour le lecture, qui m'ont dit « Le début est un peu fouillis (rough) mais donne lui un chapitre ou deux. Tu vas adorer ce livre » que j'ai commencé à lire Harry Potter. Tous les livres Harry Potter.

Nous sommes tous les garde-barrière les uns des autres. Nous l'avons toujours été. On ne va pas perdre les garde-barrières de l'édition traditionnelle, même s'il y en aura moins. Si nous voulons émuler Mr Felten et ne jamais souiller notre liseuse avec de l'auto-publié, nous aurons encore l'option d'acheter des livres publiés traditionnellement.

Il est probable que la bibliothèque de la plupart des liseuses des lecteurs ressemblera à la mienne – un mélange de livres auto-publiés et traditionnellement publiés. Le pourcentage entre auto-publié et traditionnellement publié changera selon les recommandations d'amis et le type de lecture qui nous font vibrer, mais il y aura toujours probablement un mélange.

Ce n'est pas que je suis un lecteur moins snob que Mr Felten. Je suis juste d'un snobisme différent. Et vous aussi.

Il y a suffisamment de livres pour chacun de nous. Plutôt que se plaindre du fait que plus de livres seront publiés, plutôt que de craindre que les bons livres seront écrasés sous les immondices, peut-être devrions-nous accepter que la révolution est sur nous et que c'est une bonne chose.

Parce que c'est ça l'autre point totalement ridicule dans le papier de Felten – le titre. Si le blog du Wall Street Journal fonctionne comme la plupart des journaux, le titre pourrait ne pas être de la faute de Felten. Ce pourrait être un autre correcteur snob (garde-barrière!) qui a collé ce titre sur son travail :

Protégez/Aimez/Profitez de vos éditeurs, ils vous manqueront lorsqu'ils auront disparu.

Mais ils ne vont nulle part. Ils ont quelques luttes devant eux, et de nouveaux éditeurs vont apparaître. Mais les livres reliés n'ont pas disparu quand les poches sont arrivés. Plus de livres accessibles à plus de gens ne veut pas dire que l'apocalypse arrive.

Ça veut juste dire que les garde-barrières vieux et étriqués risquent de perdre le contrôle de la conversation.

Et sérieusement, où est le mal là dedans ?