Tuesday, March 17, 2020

ATTESTATION DE DÉPLACEMENT DÉROGATOIRE

ATTESTATION DE DÉPLACEMENT DÉROGATOIRE

En application de l’article 1er du décret du 16 mars 2020 portant réglementation des
déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus Covid-19 :


Je soussigné(e)
Mme / M.
Né(e) le :
Demeurant :

certifie que mon déplacement est lié au motif suivant (cocher la case) autorisé par
l’article 1er du décret du 16 mars 2020 portant réglementation des déplacements dans
le cadre de la lutte contre la propagation du virus Covid-19 :

déplacements entre le domicile et le lieu d’exercice de l’activité professionnelle,
lorsqu’ils sont indispensables à l’exercice d’activités ne pouvant être organisées
sous forme de télétravail (sur justificatif permanent) ou déplacements
professionnels ne pouvant être différés ;

déplacements pour effectuer des achats de première nécessité dans des
établissements autorisés (liste sur gouvernement.fr) ;

déplacements pour motif de santé ;

déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes
vulnérables ou la garde d’enfants ;

déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelle
des personnes, à l’exclusion de toute pratique sportive collective, et aux besoins
des animaux de compagnie.

Fait à ................................., le......../......../2020
(signature)

Thursday, March 31, 2016

NotesPrépa

Présentation

Bulle

Chaîne du livre historique

(Concentration des groupes d'édition, des diffuseurs, des ventes/bestsellers, ouverture des nouveaux loisirs... --> changements)

--> de chaîne on est en fait à un arbre de diffusion

accroissement des catalogues, diversité mais perte de visibilité Fuite en avant,

Arrivée des (e)libraires (précurseurs (fnacbook, Sony, B&N) puis + Entrée en scènes d'Amazon, Kobo puis Apple


(triangle Librairies indés, GS (spécialisées ou non), Amazon+) (cf "Vous avez un message" 1998 Tom Hanks + Meg Ryan)

Nouveaux supports de lecture

Impression à la demande
(Façon Hachette, CreateSpace, PUF)

D'un arbre à un sablier

Des droits cédés à vie + 70 ans...

Une barrière à l'entrée abaissée pour les auto-/indés
(Rappel historique Mr Mollier ?)

(auto-édité/auto-publié/indé ?)

Casquettes

Et l'édition. (+ Maturité du texte)

Et la diffusion/distribution.
(Stratégie de publication/promotion/prix etc.)

Et l'art dans tout ça.
(Sélection/Recommandations/Curation)

Contrôle/Responsabilité ...

Le marché Français / Exception Culturelle

Parlons Pognon...

Puisqu'on parle pognon, parlons parasites
(pas neuf non plus... )

Statuts ?

Dangers ? Associations ? Tous les oeufs dans les mêmes paniers ? (KU)

Amazon/Apple : Nouvelle censure ?

Sablier, côte de maille ou pyramide ? (+ les GAFAs en ncontournables ?)

Une éditeur qui a sa place dans la "côte de maille" mais plus passage unique dans le sablier

Ma bulle

Ma bulle


Voici une liste des sites que je fréquente régulièrement pour ma veille Livres (Numériques)

The Passive Voice : http://www.thepassivevoice.com/
The Digital Reader : http://the-digital-reader.com/
J.A.Konrath : http://jakonrath.blogspot.fr/
Kristine Kathryn Rusch : http://kriswrites.com/
KBoard's Writer's Cafe : http://www.kboards.com/index.php?board=60.0
Hugh Howey : http://www.hughhowey.com/
Author Earnings : http://authorearnings.com/
Lindsay Buroker :

Thierry Crouzet : http://tcrouzet.com/
François Bon : http://www.tierslivre.net/
Neil Jomunsi : http://page42.org/
Publie.Net : http://publie.net
Kylie Ravera : http://kylieravera.fr
L'ARALD : https://www.arald.org/
Actualitte : https://www.actualitte.com/
IDBOOX : http://www.idboox.com/
Aldus2006 : http://aldus2006.typepad.fr/
Jiminy Panoz : http://jiminy.chapalpanoz.com/

S.I.Lex : http://scinfolex.com/

(Numerama http://www.numerama.com/ et NextInpact http://www.nextinpact.com/)


Saturday, September 12, 2015

Calculs sur un coin de table...

Billet remanié sérieusement le 12/09 pour prendre en compte les remarques qu'on m'a soufflé dans l'oreille

Je pose ça là, ces petits calculs qui je l'espère démontre un peu l'hypocrisie des tarifs de prix des "gros" éditeurs, et de leur pseudo défense des droit des auteurs...

Pour rappel, le % droits d'auteurs sur le numérique sont, dans les grands groupes d'édition, alignés sur le % du papier, autour de 10%.

Bon, je ne vous demande pas de me croire sur parole, c'était dit il y a un tout petit moins d'un an au Forum SGDL sur la rémunération des auteurs. Regardez donc la vidéo lors du dialogue Marie Sellier/Vincent Montagne à 20:40 (10% de droits qui diminuent vers 8) et 28:30 au sujet des taux identiques entre le numérique et le papier.

20€ Papier 10€ EBook 10% 10€ EBook 20%
Libraire 8€ 40% 3€ 30% 3€ 30%
Diffuseur Distributeur 3€ 15% 1€ 10% 1€ 10%
Fabrication 3€ 15% / / / /
Editeur 4€ 20% 5€ 50% 4€ 40%
Auteur 2€ 10% 1€ 10% 2€ 20%

Bon, on y constate quoi dans ce premier tableau ?

Première série de 2 colonnes, la répartition entre les différents maillons pour un livre papier

Seconde série, vente du livre numérique avec le pourcentage droits d'auteurs "papier" appliqué au numérique. Avec un prix de vente divisé par deux, on voit un reversement à l'auteur divisé par deux également... Alors que l'éditeur gagne PLUS sur ce livre. Alors que ça impose un "sacrifice financier" à l'auteur, l'éditeur a une marge plus importante sur le livre !

La troisième série montre la répartition avec un pourcentage doublé à 20% sur le numérique, et prouve que même dans ces conditions, aussi bien l'auteur que l'éditeur sont autant "rémunérés" sur la vente du livre numérique que sur celle du livre papier. Evidemment, l'imprimeur, le diffuseur, le distributeurs et le libraires sont BIEN moins gagnants, et il va se soi qu'ils n'ont AUCUN intérêt à cette migration. N'oublions pas d'ailleurs que certains groupes d'édition ont également des "filiales" d'impression, diffusion, distribution...

Je vois venir la remarque que je n'ai pas pris en compte la "fabrication" de la version numérique, mais je ferai remarquer qu'en contrepartie, je ne prend pas en compte la réduction des risques et coûts d'immobilisation de la fabrication des livres papier.

On m'a fait remarquer que les coûts d'impression numériques ne sont pas si négligeables que ça pour les petites maisons d'éditeurs notamment. Ce à quoi je répondrai la chose suivante : les petits éditeurs que je connais se répartissent en deux catégories : celles des pseudo-éditeurs qui font du compte d'auteur, et celle des éditeurs passionnés bien souvent plus équitables et proposant de meilleures répartitions que les 10% dont on parle plus ici. Ces éditeurs là, je les aime d'amour ! et c'est clair qu'entre une taille plus petite et des conditions plus équitables, ils tirent la langue pour faire une version numérique... Ils ont tout mon respect.

Et j'en profite pour poser l'hypothèse de travail que la répartition "2/3 pour l'éditeur, 1/3 pour l'auteur" constatée dans le papier serait équilibrée, et permettrait à l'éditeur de rentrer dans ses frais et de prendre des risques sur d'autres livres, pendant que ça compenserait correctement l'auteur. Je considère pour ma part que 1/2 pour chacun serait plus "juste", mais bon, on va "supposer" l'usage équitable...

On peut aussi remarquer qu'une telle différence de prix entre les deux versions est inacceptable pour les diffuseurs/distributeurs/libraires, c'est pourquoi je fais une nouvelle version du tableau avec un ebook à 15€ "plus acceptable par la chaîne historique" (encore en dessous il me semble du prix "moyen" des ebooks de la rentrée littéraire)

15€ EBook(1) 15€ EBook(2)
Libraire 4,5€ 30% 4,5€ 30%
Diffuseur Distributeur 1,5€ 10% 1,5€ 10%
Editeur 7,5€ 50% 6€ 40%
Auteur 1,5€ 10% 3€ 20%

Dans la première hypothèse, correspondant je crois à ce qui se fait dans les grands groupes, j'ai posé un taux de 10% pour l'auteur, et on voit dans ses conditions qu'il perd sur une vente numérique 25% de son revenu par rapport au papier, il est dès lors très peu surprenant que les auteurs ne soient pas très demandeurs de version numérique.

Quand au fait que l'éditeur double presque ses gains, c'est sans doute un hasard.

Dans la seconde hypothèse, la répartition 2/3 , 1/3 est conservée, et dans ces conditions, aussi bien l'auteur que l'éditeur augmentent leurs gains de 50% par rapport à la version papier à 20€ ou l'ebook à 10€.

Bref, les auteurs en danger, je veux bien... mais je suis certain que plus d'un éditeur du SNE est capable de faire mieux que 10% de DA sur le numérique...

Comme d'habitude, n'hésitez pas à relever les erreurs, à me les remonter, je corrigerai...

Tuesday, August 25, 2015

Mème Zombie : les prix bas dévaluent les livres

Ça faisait longtemps que je n'avais pas traduit de billet, cette fois ci c'est le second d'une série que J A Konrath co-écrit avec Barry Eisler sur les "mèmes zombies" , ces idées préconçues qui résistent aux arguments et reviennent sans fin.

Au menu du jour, celui le mème selon lequel la "valeur" d'un livre serait liée à un prix de vente élevé. 

Un billet court (bien plus que son précédent) et qui n'est pas exempt de simplifications excessives, mais bien intéressant pour au moins poser les contradictions portées par le meme en lui même.

http://jakonrath.blogspot.fr/2015/08/zombie-publishing-memes-2-low-prices.html

Des prix bas "dévaluent" les livres

Le postulat que porte ce mème est non seulement faux, mais aussi extraordinairement étrange. Après tout, si vous aimez les livres, pourquoi vous concentrer sur leur valeur monétaire plutôt que leur valeur pour la société ? Ce qui fait la valeur d'un livre n'est-il pas de ce qu'il est largement lu, absorbé et discuté plutôt que dans l'argent qu'il rapporte ? Et si les livres coûtent moins et sont accessibles à un plus grand nombre, ne semble-t-il pas raisonnable (à supposer l'expérience quotidienne valide et que les bases de l'enseignement en économie soit correct) que les gens achèteront plus de livres ? Si les livres sont effectivement importants pour la société, ne devrions nous pas chercher les moyens de rendre les livres moins chers et donc plus largement accessibles ?


Mais même si vous pensez que la seule valeur d'un livre est dans l'argent qu'il rapporte, il est idiot de considérer que des prix plus élevés  impliquent automatiquement de plus hauts revenus. Petit cas d'étude imaginaire : il est peu probable que qui que ce soit maximise ses revenus avec un prix de 5 cents, mais pourquoi ne pas vendre les livres à des centaines de dollars ? Ce prix de 100$ ne prouverait-il pas une encore  plus grande valeur du livre ?

Bien sûr que non. Alors, intuitivement, on sait tous qu'il y a un meilleur prix (le prix auquel le volume * prix unitaire maximise les revenus) et logiquement, ce devrait être celui qu'apporte la plus grande valeur (financière) au livre. Si on fait plus d'argent sur nos livres avec un prix à 5 dollars qu'à 10 ( pas une hypothèse pour nous d'ailleurs, mais un fait empirique) quel est le prix qui "dévalue" le livre ?

Il est aussi raisonnable de penser que différents auteurs avec différentes "marques" auront un "meilleur prix"  différent. Ce qui semble clair est que seules les plus grandes "marques" maximisent le revenu à des pris unitaires supérieurs ou égaux à $9.99. L'attachement de l'industrie historique à ces prix élevés a peu de rapport avec l'optimisation des revenus aux auteurs, et beaucoup à voir avec une intention de retarder la croissance du numérique et la préservation du positionnement du papier. Mais c'est une vérité inconfortable à admettre pour l'industrie historique, alors elle préfère le discours contre-intuitif selon lequel des prix bas (qui rendent les livres accessibles à un plus grand nombre) "dévaluent" les livres. Il semble dommage que certaines personnes semblent croire que les livres devraient être comme des diamants (de chers marqueurs symboliques de statut, accessibles uniquement à quelques élus) plutôt que des objets vitaux quotidiens accessibles à tous, comme l'eau, la nourriture et autres. Mais l’égoïsme produit des arguments étranges.


NoteDuSFReader : Bien étrange en France, alors que politique de TVA spéciale du livre est à l'exact opposé de la notion de produit de luxe, que ce mème y soit quasi identique...

NoteDuSFReader2 : J'ai écrit un billet (particulièrement abscons, mais je crois assez complet) consacré à l'aspect prix du livre pour tous ses aspects "hors" émotionnel : http://readingandraytracing.blogspot.fr/2014/11/prix-du-livre-la-con.html


Saturday, March 21, 2015

Interopérabilité des livres électroniques

Doesn’t mean what you think it means 1

Ces jours-ci, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir, lire des articles, ou discuter autour de l’interopérabilité des ebooks. Une constante revient souvent : “Mais Amazon a son propre format à lui, fermé et non interopérable, alors que l’EPUB est un format interopérable en lui-même”. Il m’est arrivé de le penser, de le dire, mais comme d’habitude, la vérité est un peu plus compliquée que ça.

L’EPUB

Déjà, prenons pour exemple cet EPUB présenté en idéal de l’interopérabilité. Déjà, et sans vouloir être trop technique, l’EPUB est un standard (dans plusieurs versions) normalisé par l’IDPF, une organisation regroupant plusieurs industriels ayant des intérêts au livre électronique.

Ce standard définit comment rassembler dans un fichier unique (le fichier EPUB) un ensemble d'autres fichiers “ressource” qui le constituent.

Ces fichiers ressource (dans des formats le plus souvent compatibles “web”) peuvent contenir

  • du texte (au format (X)HTML)
  • une image
  • une feuilles de styles
  • des fontes ou autres…
  • des métadonnées et informations complémentaires explicitant/liant le tout (table de sommaire par exemple).

À peu de choses près, on peut dire que ça correspond à un site web qu’on aurait encapsulé/archivé dans une “boite” fichier unique.

Yo ho ho

Et puisqu’on peut dire que c’est un site web, on se dit évidemment qu’afficher un livre en EPUB, c’est aussi simple qu’afficher un site web, donc l’affaire est entendue.

Mais outre le fait que ce ne soit déjà pas “aussi simple” qu’afficher un site web, il est intéressant de se rappeler l’histoire du Web. Et alors que la marque “Internet Explorer” est sur le point de rendre l’âme, on se souviendra avec émotion les guerres inter-navigateurs des années 2000, et les sites incompatibles. Et bien pour l’EPUB, on se retrouve exactement dans la même situation, avec différents “navigateurs de sites EPUB” (moteurs de rendus d’EPUB) qui n’affichent qu’imparfaitement ces fichiers pourtant “normalisés”.

Le problème est d’autant plus important sur les liseuses dont le moteur de rendu n’est mis à jour que rarement.

Alors certes, les fichiers sont souvent au moins partiellement lisibles sur les plateformes “EPUB” différentes de celles sur lesquelles elles ont été testées, mais de là à pavoiser sur un format “interopérable”, il est peut-être plus prudent de s’abstenir.

Mais c’est quand même mieux que pas interopérable du tout, non ?

En fait, il y a des cas où… non, pas du tout.

Prenez par exemple un ebook d’un grand éditeur acheté chez Apple. C’est un EPUB, vous le savez, c’est donc interopérable, vous pourrez donc le lire sur votre liseuse… Eh bien non.

Car si le format est interopérable, le contenu a été transformé pour que seules vos installations de lecture Apple puissent les lire, et selon des règles que ces installations imposent. Et il n’y a pas d’installation possible de logiciel de lecture pour votre liseuse.

Cette transformation du contenu, vendue aux auteurs et éditeurs sous le nom de DRM (Digital Right Management), est supposée permettre de lutter contre les copies illicites (contrefaçon). Elle fonctionne grosso modo de la manière suivante :

Une clef de chiffrement est choisie. Elle est utilisée pour chiffrer plusieurs des ressources à l’intérieur du fichier EPUB, on modifie également les fichiers de métadonnées pour préciser comment l’opération a été faite.

Coffre-fort HT15 Hartmann

Si l’on s’arrête là, le fichier est illisible par le client à qui il a été vendu, il est donc nécessaire de s’assurer qu’il aura la clef pour y accéder. Cette transmission se fait le plus souvent “sous le manteau”, de manière cachée, mais au bout du compte, le client possède le fichier EPUB (avec les ressources chiffrées et les indications pour déchiffrer), et évidemment la clef.

C’est d’ailleurs là qu’on se rend compte d’une des limites du système : le client a tout ce qu’il faut pour déchiffrer ce qu’on ne veut pas qu’il déchiffre, tout en voulant qu’il déchiffre quand même…

Dans le cas de l’ebook acheté chez Apple, le format est certes interopérable (avec les réserves relevées sur le fichier en lui même), mais le chiffrement et la méthode d’accès à la clef et de (dé)chiffrement ne le sont pas. L’ebook chiffré en lui même ne peut donc pas prétendre à une quelconque interopérabilité.

On n’est pas des pommes.

Ah, mais je ne parlais jusqu’ici que d’ebooks issus d’un écosystème fermé, celui d’Apple ! On peut regarder plutôt chez des libraires bien de chez nous, Decitre, Chapitre, leslibraires.fr, feedbooks ou autre…

Et bien, si l’on parle de fichiers sous DRM (la quasi totalité du catalogue des groupes majeurs d’édition), ils sont disponibles chez ces libraires avec des DRM Adobe. Alors, certes, la plupart des solutions de lectures sont compatibles des DRM Adobe, mais on n’est toujours pas interopérable. Prenez par exemple des clients avec des machines sous Linux. Et bien ils ne peuvent pas lire ces ebooks.

On est interopérable ou on ne l’est pas. En l’occurrence, là ça ne l’est pas.

L’IDPF planche semble-t-il, sur une solution de DRM “Lightweight” (LCP : Lightweight Content Protection), censée être interopérable. Les détails techniques de cette solution seraient disponibles, et diffusés, mais dans un cadre restreint ? À condition de signer un accord de confidentialité ? Sans vraies informations depuis que les travaux ont démarré, je ne peux que m’abstenir de commenter. Outre les détails techniques du système en lui-même, et même si se débarrasser de l’influence d’Adobe dans le domaine serait un progrès, reste qu’il sera quasi impossible de mettre à jour les liseuses des lecteurs équipés, l’interopérabilité restera donc problématique.

Le vrai problème de l’interopérabilité

Mais qu’on arrête de se voiler la face, parmi les défenseurs de l’interopérabilité, deux camps se distinguent : celui des usagers (lecteurs, bibliothécaires/conservateurs etc.) et celui des ayant-droits (éditeurs, associations d’auteurs, politiques de tout bord etc.).

Si les premiers réclament une interopérabilité effective, les seconds ce qui les intéresse en tout premier chef c’est… de contrer les gros écosystèmes anglophones, les “AGAK” (Amazon, Google, Apple, Kobo), et Amazon le premier. Amazon, ce grand épouvantail de la librairie, cet antéchrist de la chaîne du livre, qui a l’outrecuidance d’imposer son propre format propriétaire donc non-interopérable.

Boats at Amazon River

Bon, Amazon c’est certes un gros méchant qui optimise fiscalement tout ce qu’il peut. C’est certes un gros méchant qui écrase la concurrence en rasant les prix et impose des conditions de travail quasi inacceptables. Mais là ça dépasse les bornes ! Amazon utilise un format propriétaire non interopérable !

Bof.

Bof, bof.

Vous voulez que je vous dise ce que j’en pense ? Cette histoire d’interopérabilité c’est du flan. La preuve, leur format propriétaire là, ça fait belle lurette qu’il a été dé-propriétarisé. La preuve ? (bis) Le logiciel Calibre (gratuit et sous licence libre) lit les ebooks “Kindle” sans soucis, sans utiliser une ligne de code venant d’Amazon. Pas parfaitement, mais pas franchement plus imparfaitement que certaines solutions de lectures EPUB avec des fichiers EPUB “normaux”. Et non seulement il les lit, mais il est capable de convertir des fichiers Kindle en fichier EPUB et réciproquement.

Il faut dire qu’un “site web” encapsulé dans un fichier EPUB ou un “site web” encapsulé dans une base de données, ça reste composé à peu près de la même manière : des fichiers (X)HTML, des ressources graphiques ou autre, des fontes, des métadonées etc.

Alors les outils de conversions (comme Calibre dont je parlais plus haut) n’ont qu’à ouvrir la capsule, en extraire les ressources, les manipuler un peu et les réintégrer dans une nouvelle capsule pour aboutir au fichier dans le format voulu.

Et puis si on perd un peu de mise en page au passage, “un livre est un livre” , c’est le texte qui compte, et croyez-moi ou pas, le texte résiste plutôt bien à la transformation.

Mais si ça convertit, il est où le problème ?

Justement, il n’y en a pas… ou plutôt, il n’y en aurait pas s’il n’y avait pas de DRM. Quel que soit l’e-libraire, s’il met des DRM (à la demande le plus souvent de l’éditeur), la conversion est impossible, que ce soit dans un sens ou dans l’autre.

Impossible car le contenu des fichiers “ressource” est chiffré et donc illisible par le logiciel de conversion.

Impossible de convertir des fichiers chiffrés… Impossible sans la clef… que l’on a puisqu’on en a besoin pour lire l’ebook… que des petits malins savent où aller chercher la où elle est cachée et nous la donner… des petits malins qui ont écrit légalement des programmes pour aller chercher cette clef et l’utiliser pour déverrouiller l’ebook… qui sont interdits en France.

Bon. Si on ne se pose pas de question de légalité (ou si c’est légal chez vous), autant le dire, l’interopérabilité n’est pas un problème insurmontable : on s’assure d’avoir une solution légale – et configurée correctement – de lecture conforme aux besoins des logiciels en question, on installe le logiciel, on lui passe le fichier et il en ressort tout “interopérable-ready”. Un coup de moulinette Calibre et zioup, vous avez votre fichier en sortie.

L’interopérabilité ? “No soucy”, comme le dit ma pote Ophely.

Mais bon, en France (en Europe ?), on a quand même ce petit souci de légalité quand même : depuis le vote de la loi DADVSI (coucou les copains HADOPI!), la légalité du déchiffrement est au moins douteuse, et donc l’interopérabilité l’est.

Il y a bien une solution quand même ?!

Oui, il y en a.

On pourait déjà supprimer la sur-protection légale du DRM (vous savez, cette interdiction artificielle de passer outre un verrou trop faible pour se protéger lui-même…). Ou en publier les spécifications et les clefs, comme le préconise Julia Reda, mais bon, “elle veut détruire le droit d’auteurs, alors on rejette en bloc toutes ses propositions”.

Autrement, n’en déplaise à certains amis auteurs, éditeurs, ayant-droits et affiliés (Coucou les copains 3l3ctr0n ! ) la solution c’est de se passer de DRM.

De se passer par exemple purement et simplement de tout type de protection. C’est le choix – le meilleur à mon avis – qu’ont fait les éditeurs américains Baen et Tor par exemple, des éditeurs “classiques”, qui publient sans aucune protection les versions numériques de leurs livres papier, et sans que cela ait nuit à leurs ventes.

Zank wodny pl1

Mais sans aller aussi loin, ni géographiquement ni conceptuellement, une solution intermédiaire existe. Il s’agit de la solution du Watermark/Filigranne. Cette solution consiste en l’ajout masqué et/ou visible d’informations attribuant l’exemplaire à l’acquéreur, et ne présente aucun des soucis d’interopérabilité. Et si le nombre d’éditeurs qui adoptent ce type de protection est en augmentation 2 3, je n’ai pas lu/vu d’éditeur se retourner vers les DRM après avoir fait ce choix. Cette solution n’est certes pas parfaite non plus, mais d’un point de vue interopérabilité, elle n’est pas obstacle aux conversions/corrections.

Alors que la très grande majorité (totalité ?) des e-libraires français (et je pense européens) supporte cette solution de filigranne, les e-libraires nord-américains (Amazon, Google, Apple, Kobo – et Fnac par extension– ) ne le font pas, et remplacent les demandes de watermark par du DRM. S’il y a un reproche à leur faire sur l’interopérabilité, c’est plutôt celle là, mais je n’entend pas les représentants des éditeurs, des distributeurs ou des auteurs s’en préoccuper.

Bref

Bref, chers amis qui réclamez de l’interopérabilité, vous savez ce qui vous reste à faire : convaincre l’ensemble de la chaîne du livre de se passer de ces verrous qui brident l’interop. A défaut, arrêtez de jouer les hypocrites en utilisant l’interopérabilité comme système de guidage ou de nuage de fumée pour vos attaques anti GAFA(K).

Les sujets sont nombreux pour s’en prendre à ces grands groupes nord-américains en quasi-monopole : abus de position dominante, optimisation (fraude ?) fiscale, conditions de travail indignes ou abusives, externalisations.

Outre le fait que les GAFA n’ont pas le monopole de ces pratiques (regardons le groupe Lagardère/Hachette, exemplaire j’imagine…), le public vous emboitera le pas sur ces sujets tout comme il vous suivra sur ceux de la liberté d’expression et des censures morales américano-centrées, des Conditions Générales d’Usages discretionnaires ou abusives et de tant d’autres.

Mais mettre sur le dos des e-libraires des problèmes d’interopérabilité de son propre fait qu’on empire en les consacrant légalement, c’est tout simplement n’importe quoi.


MAJ 26/03/2015 : Il y a une erreur dans mon texte, que je me dois de signaler : les ebooks achetés chez Apple n'ont pas tous de DRM, qui ne seraient positionnés qu'à la demande des éditeurs (soit demande explicite de chiffrement, soit demande de Watermark). N'ayant pas de matériel Apple pour comparer, et les DRM n'étant pas (contrairement à la législation française) signalés, je ne peux pas le vérifier. Ca ne contredit en rien les problèmes liés à ces DRM sur le format "interopérable" EPUB en présence de DRM.


  1. Bon point au premier qui saura. Je sais, c’est facile…

  2. merci à l’Atalante, Bragelonne, Diable Vauvert, Editions de Minuit, Robert Laffont pour n’en citer que quelques-uns

  3. Merci aussi à la plupart des éditeurs Pure-Players, Walrus, Numeriklivres, Publie-Net, et tous les autres…

Wednesday, February 4, 2015

An "Author Earnings" Methodology primer

(updated in September 2015)

Here is a lightly edited compilation about explanations about the methodology used by Hugh Howey and Data Guy for their 10 (so far) Author Earnings reports.

I try and give a source for the different extracts, and will probably update it if new explanations arrive.


General 

From The 50K report

For techies out there who geek out on methodology, the spider works like this: It crawls through all the categories, sub-categories, and sub-sub-categories listed on Amazon, starting from the very top and working its way down. It scans each product page and parses the text straight from the source html. Along with title, author, price, star-rating, and publisher information, the spider also grabs the book’s overall Amazon Kindle store sales ranking. This overall sales ranking is then used to slot each title into a single master list. Duplicate entries, from books appearing on multiple bestseller lists, get discarded.
Our spider is looking at a snapshot of sales rankings for one particular day. Extrapolation is only useful for determining relative market share and theoretical earnings potential. Our conclusions assume that the proportion of self-published to traditionally published titles doesn’t change dramatically from day to day, and the similarity of datasets lends that assumption some support.
The preponderance of nonfiction in the february and later sample does not reflect market share. Rather, it reflects the many hundreds of detailed Amazon sub-sub-sub-category bestseller lists for non-fiction (Health, Fitness & Dieting > Alternative Medicine > Holistic, for example), that make lower-selling nonfiction more visible to the spider than equally low-selling fiction.
A few things make doing so a little challenging: the once-per-quarter frequency of our data capture and the high turnover of the bestseller lists and sublists.
(In our October report, we found that almost 80,000 of the 120,000 July bestsellers had since fallen off the lists to be replaced by 80,000 others.)
We are getting a very comprehensive look at Amazon sales every time, though — the data “holes” are mostly down where titles are selling fewer than a handful of copies each. With each dataset, we’re capturing:
– practically all of the top several hundred ranks
– 95% of the top 1,000
– 80% of the top 5,000
– 68% of the top 10,000
– 52% of the top 25,000
– 42% of the top 50,000
– 33% of the top 100,000
– 11% of the top 1,000,000
– some additional ones ranked in the 2,000,000-3,000,000 range (mostly from really specific nonfiction bestseller lists like “Renaissance Painter Biographies” or whatever.)
Ideally, I’d like to grab all 3 million-ish every single day instead… :)
But the comprehensiveness of our snapshots comes at a nontrivial technical cost. For the technically curious out there, the data collection for this last report used 40 enterprise-grade servers (with 8 high-speed CPUs each) to crawl Amazon’s best seller lists and product pages, sucking almost 600 Gigabytes of HTML webpages across the Internet and ripping their HTML apart to extract the information we need and store it into a MySQL database. Each run takes a few hours, after which we shut the servers down before they burn a hole in our bank accounts.
Each report is thus a deep cross-sectional study of Amazon’s sales that day, but each is a single snapshot taken on a particular day. Their compositional consistency from quarter to quarter strongly suggests that we wouldn’t find much variation on the days in between, either. But perhaps we’ll try a longitudinal study in parallel at some point (or even better, someone else will) using a smaller set of titles.

http://authorearnings.com/report/may-2015-author-earnings-report/#comment-295886

For the May 2015 data set (which lists 200K ebooks), I launched the spider simultaneously on 120 servers, each with 8 CPUs and 16 GB of RAM. This Author Earnings data run took roughly an hour and a half, while running over a thousand separate webcrawler threads on those 120 servers. During that time, it read and extracted data from nearly a million Amazon.com product pages — print and audio books as well as ebooks — over a terabyte of data in all.

But the anonymized spreadsheet we publish is just the tip of the iceberg. Even so, it’s an unwieldy 60MB or so in size — we may trim it back down to 120K in future reports, just to keep things manageable.


On Rank to Sales ranking

For this report, Author Earnings threw out all of our previous assumptions. We built a brand new rank-to-sales conversion curve from the ground up. This time we based it on raw, Amazon-reported sales data on the precise daily sales figures for hundreds of individual books from many different authors, spanning a period of many months. Our raw sales data included titles ranked in Amazon’s Overall Top 5 — titles whose KDP reports verified that they were each selling many thousands of copies a day — and it also included books ranked in the hundreds of thousands — whose KDP reports revealed were selling less than a single copy a day. We combined that mass of hard sales data with a complete daily record of Amazon Kindle sales rankings for each of those books, pulled directly from individual AuthorCentral graphs. We ended up with nearly a million distinct data points in total.
Why did we need so many data points? Because Amazon’s Overall Best Seller Rankings aren’t a simple calculation based on each book’s single-day sales — they also factor in time-decaying sales from previous days as well. To reverse-engineer Amazon’s ranking algorithms, the more raw sales and ranking data we used, the more accurate our results would get. So we fired up some powerful computers, fed them all that raw data, and let them crunch the numbers.
For our fellow geeks: We applied both old-school statistical curve-fitting approaches and more modern machine learning techniques, iterating our underlying numerical model until we zeroed in on the solution that yielded the best predictive accuracy. Taking advantage of a neat mathematical series-convergence trick (one whose applicability was no accident, because Amazon’s algorithms undoubtedly rely on it, too), we ended up with a brand new, simpler, more elegant, and far more accurate rank-to-sales conversion formula for Kindle ebooks.
For the non-geeks: Our data-science awesomesauce now tastes even better.
Here’s what the new rank-to-sales curve looks like:
Screen Shot 2016-02-09 at 12.43.43 AM
In retrospect, it’s striking how well AE’s old, crowdsourced rank-to-sales curve (in black) matches our new data-derived one. Graphically, the old AE curve ping-pongs back and forth between the new computed upper bound (shown in red), defined by the higher number of daily sales required to first “hit” a rank when spiking up from a much lower sales baseline, and the new computed lower bound (shown in blue), defined by the more modest number of daily sales required to steadily “hold” the same rank through consistent day-to-day sales.
(Old Rank to Sales was :)

 http://www.hughhowey.com/the-january-author-earnings-report/#comment-233671
Sales RankSales Per Day
17,000
54,000
203,000
352,000
1001,000
200500
350250
500175
750120
1,500100
3,00070
5,50025
10,00015
50,0005
100,0001

Mostly, it still follows: http://www.theresaragan.com/salesrankingchart.html with a few additional data points added (like the one at rank 100) to increase curve accuracy.
We’ve left it consistent since we started to avoid introducing yet another variable into the report-to-report comparisons.
Hugh clearly stated that these numbers were based on data gathered by numerous writers of their own books and corresponding rank/sales numbers. He included three different links. Numerous authors have corroborated these correlations.
The rank within a category or sub-category is irrelevant. Sales numbers are generated based on overall store rank.
Even if you don’t believe these correlations are accurate, they are applied uniformly to all books – both self-published and traditionally published. So no matter what you plug in, the relative sales will remain the same. If you think self-published authors aren’t making as much as the charts indicate, then that means the traditionally published authors aren’t making as much either.

Initial report (5th footnote)

Daily sales according to Amazon rank can be found in numerous places, including here, here, and here. Depending on the source, the model changes, but not enough to greatly affect the results. Keep in mind that the dollar figures and the exact sales are irrelevant to the ratio and percentages shown. Any change in those numbers impacts all books equally, so the picture of how authors are doing according to how they publish remains the same. These daily sales figures are adjustable in our spreadsheet, which contains our full data set and which we are offering at the low, low price of absolutely zilch.

Integration for missing books

But we know what the shape of the sales-to-rank curve is, and so we know what the “missing” books at ranks in between the ones we captured are selling. We then numerically integrate the whole curve to get a total daily sales number for all ebooks at all ranks. In other words, for each rank, whether or not we happened to capture that particular book in our data set, we add up its corresponding unit sales to compute Amazon’s total unit sales. Picture “shading in the area under the curve.”
While the books in long tail below rank 100,000 are shown as having 0 daily sales in our spreadsheet, they actually do sell a book every few days in the 100,000-500,000 range, a book a week in the 500,000-1,000,000 range, etc. (We zeroed those out in the spreadsheet because we didn’t want to get caught up explaining to the math-challenged how a book can sell a fraction of a copy a day. ;) But we do include those fraction-sellers in the integrated total of 1,542,000 total ebooks sold per day (of which 1,331,910 are ranked 1-100,000).
 The thing that makes [numerical integration] easy (and accurate) is the by-definition monotonically-decreasing nature of the sales-to-rank curve (it’s a pareto distribution, more or less, with a couple kinks in it caused by different “list visibility” regimes).
So it just becomes a choice of what numerical-integration interpolation strategy you use. We used linear interpolation between sales-to-rank data points, to get an appropriate level of accuracy.
Error magnitude didn’t matter as much before, as out focus was mainly the relative performance of books published via each path. Therefore, an error affected all sectors consistently and equally and didn’t change those relative results.
However, now we’re looking at predicting the actual absolute number of ebook sales on Amazon.com, and the actual absolute size of the market as a whole. That requires more accuracy.
“Within 20%” is no longer good enough — we need a better handle on the accuracy. That’ll be our next focus.
The data, however, doesn’t follow a strict pareto or power-law distribution — it’s close, but not exact. There are those rank regimes I mentioned where the slope steepens or flattens — most likely due to sharp differences in how much bestseller list visibility books get in those ranges

100 000 and lesser ranks

http://authorearnings.com/report/january-2015-author-earnings-report/#comment-224419


To make the spreadsheet simpler, we left out the roughly 13% of Amazon’s sales that live down in the deep long tail below rank 100,000. But we do account for them when scaling up our daily sample to estimate total daily or annual sales.
Ranks 1 to 100,000 of the rank-to-sales curve add up to a total of 1,331,910 sales per day.
Ranks 101,000 to 3 million+ add up to roughly 210,000 more sales per day.

The reason that we didn’t put them in the spreadsheet is we didn’t want to have to keep explaining to the less mathematically inclined folks how a book can sell a fraction of a copy in a day.


Categories

A frequent question in the comments is:
How were books classified as “Indie-Published,”  “Small/Medium Publisher,” or ‘Uncategorized Single-Author Publisher”?
Here’s how:
1) The Big-5 Published books were easy to separate out, no matter what imprint they were published under, by checking the “Sold By” line in the Amazon Product Details, which listed one of: Random House, Penguin, Hachette, Macmillan, HarperCollins, or Simon & Shuster as seller.
2) If multiple author names used the same listed Publisher, and the book’s “Sold By” wasn’t one of the Big-5, it was considered a Small/Medium Publisher. A lot of these might indeed be Indie Publishers, but we wanted to be conservative and err on the side of understating–rather than overstating–Indie numbers.
3) If no Publisher at all was listed under Product Details, the book was considered Indie-Published.
4) If the full name of the author was included in the Publisher name, the book was considered Indie-Published.
5) The remaining books, whose publishers represented only a single author name, were initially grouped under Uncategorized Single-Author Publisher, and sorted by revenue. Then we rolled up our sleeves.
Going down the list one by one, we Googled the publisher names and author names. We were able to classify hundreds of them. Many were already known to us… for example: Broad Reach Publishing (Hugh), Laree Bailey Press (H.M. Ward), Reprobatio Inc. (Russell Blake), etc. We started from the biggest earners and went down, until the names became too obscure to find and we ran out of energy and time, and none of the remaining Uncategorized Single-Author Publishers individually accounted for a significant chunk of revenue.
So the vast majority of the remaining  Uncategorized Single-Author Publishers are most likely “Indies in disguise.” But there are also a few examples of poor-selling imprints of small and medium traditional publishers in the mix (such as Baen), so again we didn’t want to overstate Indie market share by lumping them all in with the Indies.
Is there any way to quantify how much of the Small Medium Publisher/Single –> Indie market share can be attributed to re-classification of the publishers to Indie ?
The answer is very little – I just checked. Less than 0.1% of what was originally classified as Small/Medium Publisher income has been reclassified over the course of the last few reports. What you are seeing there is actual market-mix shift.
On the other hand, ~1.3% of what was “Uncategorized” income back in Feb 2014 report has since been definitively classified as indie, while another ~0.2% of it has since moved into Small/Medium Publisher income.

Kindle Unlimited

The methodology is explained in the October 2014 report
http://authorearnings.com/report/october-2014-author-earnings-report-2/

The amount paid per borrow is independent of price and depends instead on how much Amazon funds a shared pool. The rate per borrow has averaged $1.62 over the three months since KU launched. Each borrow appears to affect ebook ranking just as a sale does, so we have to take the borrow-to-sales rate into account for our earnings projection. As you will soon see, our data is robust enough that even wildly varying estimates for this rate do not appreciably affect our results. Before we get to our new baseline earnings report, let’s look at what our final graph would look like with five different assumptions for the borrow rate.

The difference in the total share of earnings by publishing type is only affected by a few percent even with wildly impossible assumptions about the borrow rate. In order to determine which of these charts to go with, we collected data from hundreds of authors and their individual titles, and these averages showed an average borrow/sales rate close to 1:1. The 50% borrow/50% sales data will be used for the rest of the report, and it will provide a baseline for our future reports.

(Note from TheSFReader : the amount paid is updated at each subsequent report based on the most recent rate/borrow)


Update for KU 2.0 in the September 2015 report

from http://authorearnings.com/report/september-2015-author-earnings-report/#comment-296014
Kindle Unlimited does make things a little trickier. But Amazon also provides us a nice monthly mechanism for calibrating our model: the overall KU payout size and the number of KENP read. With the KU 2.0 switch to compensation for pages read, the ghost-borrow issue is no longer a source of error. Our model for KU compensation now factors in the page-length of each title, the per-page KU 2.0 payout, and an average-%-read factor that lets us exactly match Amazon’s announced $11.5 million / 2-billion-KENP-read numbers from July.

(Update on the 05/06/2015 for additional data related to the 200K sample)
(Update on the 05/07/2015 for precisions on the KU borrows impact + Additional data on the 100K to 3M+ book sales)
(Update on the 09/14/2015 with updates on KU 2.0 specific methodology)
(Update on the 02/10/2016 with updates on the reverse-engineered rank-to-sales conversion)

Thursday, January 22, 2015

Quelques lectures de SF militaire...

On m'a demandé quelques recommandations sur la SF militaire, voici une petite liste, orientée sur l'action surtout. Les aspects psychologiques ne sont pas spécialement pris en compte dedans...

The Red: First Light de Linda Nagata essentiellement pour les combats terrestres basse intensité (commando/guerrilla/contre-guerilla). Avec également une utilisation technologique à la pointe de l'actualité (couplage humain/drone, cybernétique etc.). On va dire pre/early cyberpunk.

Turing Evolved de David Kitson, est plus loin dans le futur, plus post-cyberpunk/mech

Evidemment Ender's Game/La Stratégie Ender de Orson Scott Card, (période post-essaimage interplanétaire), mais là on est entré dans le domaine spatial.

On est jusque là resté plutôt dans la basse intensité.

De plus haute intensité en terrestre, évidemment Etoiles Garde à vous/Starship Troopers, de R.A. Heinlein, même si les côtés idéologiques peuvent être mis de côté allègrement.

Pour des piou-piou et des bangs dans l'espace, la série Honor Harrington de David Weber, même si le manichéisme du script et l'intégrité absolue de l'héroïne finit par me lasser. Pour les combats spatiaux, c'est plutôt bien fait (meêm si dérivant vers la technique). On parle là de flottes de vaisseaux de combats qui s'affrontent à coup de centaines de missiles, torpilles et autre laser.

Chez le même éditeur (baenebooks.com), beaucoup d'autre SF(et Fantasy) militaire, donc certains livres gratuits.


Sans oublier la très bonne anthologie Militaire mais pas militariste  War Stories d'Andrew Liptak et Jaym Gates. Pour le coup, c'est bien plus la psychologie et les impacts humains qui en font la force...

Sunday, January 11, 2015

Où acheter ses ebooks

On vient de me demander où je conseille d'acheter ses ebooks.
Voici ma réponse :

Si vous ne voulez aucune prise de tête maintenant (mais vous la risquez plus tard), sur la librairie "de sa liseuse".

Si par contre vous souhaitez garantir un accès à long terme à vos achats de livres électroniques, il faut vous assurer d'en garder des copies chez vous. Ce qui implique l'installation de logiciels sur votre PC et sauvegarde sur celle ci. (Adobe Reader, Calibre, et si c'est légal chez vous les plugins de apprenti d'alf (dispo en anglais) )

Et à partir du moment où vous gérez votre bibliothèque sur votre PC, plus de raison de vous limiter à la librairie "de votre liseuse", Vous pouvez sans trop de soucis aller voir chez Immateriel, Decitre, Feedbooks par exemple, et en dernier ressort Fnac/Kobo, voire Amazon...

Comme je lis beaucoup en anglais et de l'auto-publié, je rajoute à cette liste Smashwords (même si la qualité y est très variable), et Amazon remonte un peu dans la liste.


Thursday, January 8, 2015

J'me sens minable

Envie d'écrire mes engagements, d'user de ma liberté d'expression en réponse aux terroristes, d'expliquer mes choix militants (et tenter de justifier ma paresse en mon manque d'engagement)...

Paresse intellectuelle que de ne pas analyser pourquoi une attaque contre la liberté d'expression me touche plus que  d'autres drames, "banaux" comme les SDF morts du froid ou plus exceptionnels comme les immigrés retrouvés morts sur les plages de l'Europe.

Mais j'y arrive pas.  Je suis minable, dans mon confort matériel et intellectuel, à me prendre la tête sans arriver à écrire une page sur mes engagements...

Pourquoi j'ai choisi le combat de la lecture et des livres plutôt que celui de la lutte contre la misère, de l'enseignement ou de la sécurité...

Pourquoi j'ai choisi de lutter pour la dissémination des idées et expressions, mais aussi pour le soutien aux créateurs...

J'vais pas plus loin... Trop minable pour finir ce presque texte que j'ai pas réussi même à commencer...

Saturday, January 3, 2015

Lecture Martin Page (Pit Agarmen) un auteur 5*

Je ne sais plus comment j'ai rencontré Martin Page (auteur engagé) et son alter-ego Pit Agarmen (auteur enragé), mais c'est dans un premier temps son militantisme pragmatique pour les auteurs qui m'a rapproché de lui. Puis j'ai découvert ses livres.


Photo (c) de l'auteur sur sa page.



Son "Manuel d'écriture et de survie" déjà, constat romancé et militant de la réalité du métier d'écrivain, qui m'a ravi, moi qui suis curieux de l'envers du décor (au cas où vous ne l'auriez pas déjà remarqué).

"L'apiculture selon Samuel Beckett", rencontre d'un étudiant avec l'auteur, et encore une fois une étude sur l'écrivain. Cette fois plus sur le rapport entre l'auteur et ses œuvres.

J'ai lu également "La nuit a dévoré le monde" écrit sous le pseudo de Pit Agarmen, livre où le narrateur se retrouve seul au monde, Robinson Crusoë dans un immeuble au milieu d'une ville infestée de zombies.

Et enfin hier (après des semaines puis heures impatientes), "Je suis un dragon", l'histoire violente d'une fillette sur-humaine qui n'aspire qu'à la normalité que lui refusent ses pouvoir et l'humanité. Le parcours initiatique d'une fillette pas assez --croit-elle-- comme les autres, qui veut trouver sa place dans une société qui veut lui en donner une toute autre...

Je ne vais pas rentrer dans les détails de l'un ou l'autre des livres, mais en retirer quelques traits communs : un regard tendre et distant vers l'humanité, marginal sans être asocial, une écriture accessible, fine et subtile. Le tout relevé d'une critique militante de la société...

Je ne suis pas critique littéraire, vous le constatez sans doute à la lecture de chaque billet de mon blog, mais ça ne m'empêche pas de noter les livres sur mon étoilomètre, où ces quatre là obtiennent la note maximale de 5 étoiles. Et leur auteur Martin Page également, évidemment.

MAJ: Noter que Martin fait spécialement attention à demander (par contrat) à ses éditeurs l'usage de marquage sur ses livres plutôt que des DRM. Ce n'est évidemment pas toujours respecté par les e-libraires, mais c'est un effort que je salue, pour lui pour son insistance, mais également pour l'éditeur qui accepte...

Si vous cherchez où l'acheter sans DRM, j'ai trouvé Feedbooks (lien vers "Je suis un Dragon").

MAJ-de la MAJ précédente (5/01/2015): Renseignements pris, le marquage n'est pas demandé par Martin, qui préfèrerait un fichier "nu", mais il s'agit du compromis obtenu avec l'éditeur, qui aurait préféré des DRM. 

Dans le cas présent, on voit qu'il s'agit bien d'une négociation qui a eu lieu. Mais qui met en contradiction l'idée selon laquelle les DRM seraient demandés par l'auteur, et qu'il ne s'agirait pas d'un choix d'éditeur... 

Maj de ma Maj de la Maj : le Responsable des développements numériques des marques Robert Laffont précise : l'intégralité du catalogue français des marques Laffont est sous watermark et non DRM.

Wednesday, December 24, 2014

Paper/Tablet reading... And e-Ink readers ? No data.

Here is a copy of the email exchange I had today with Ms Anne-Marie Chang, author of the recently disclosed publication WRT sleep and "LE-ebooks" reading


Dear Ms Chang,
I've read your recent publication, and wanted to make sure of one thing :
When the paper states "LE-ebook", is it about e-ink based ereaders with "overlightning" like on a Kindle Paperwhite ? or LCD based tablets ?
As far as I understand, many media consider them the same, but I understand the technology (and emitted light) is quite different.
I think your findings don't apply to e-ink based ebooks readers, but would like confirmation.
Cheers,
(redacted)

And the answer:

Dear (redacted),
The LE-eBook used in our study was the iPad. While we measured the light from other devices (in the Supplementary Table 1) the Kindle Paperwhite, which is relatively new was not measured. According to the description, the emitted light may be very different from the iPad and other devices we measured.
Best,
Anne-Marie
I checked in Supplementary Table 1, and Kindle (no Paperwhite) was measured to be almost paper-book like.


Tuesday, November 4, 2014

Prix du livre à la con !

Comme d'habitude, je vais parler d'un truc qui ne me regarde que parce que je suis lecteur. Tout ce que je sais du prix du livre, je l'ai appris sur Internet, je ne suis pas docteur en prix du livre, ni auteur, éditeur, distributeur, diffuseur, imprimeur, libraire... Rien de tout ça.
Encore une fois, si vous en êtes et que je raconte des carabistouilles, n'hésitez pas à me contacter, soit en commentaire soit par mail (TheSFReader @ gmail com).
Mais voilà. Je vais tout de même essayer de mettre par écrit ce que j'ai compris du dilemme du choix d'un prix pour un livre en France et avec quelques digressions.

Résumé exécutif

Pour ceux qui n'ont pas le temps de lire ce billet, en voici un résumé : le coût unitaire lié à un livre, et le consentement à payer du lecteur ne sont que deux facteurs parmi de nombreux autres à utiliser pour en fixer le prix. Des causes pas forcément intuitives expliquent certaines politiques de prix qui semblent aberrantes au premier regard. J'essaie d'en expliquer un certain nombre.

Offre vs Demande... Fight

Petit retour sur l'économie de base : Le vendeur fixe un prix de vente pour un produit. À l'opposé, chaque acheteur potentiel a un "prix d'achat maximal" au-delà duquel il n'achètera pas le produit. Le but du vendeur est de trouver le prix de vente qui augmentera son chiffre d'affaire. Trop fort et le nombre ventes diminuera de trop, et avec eux le chiffre d'affaires (par exemple un roman à 700€ ? À part un collectionneur unique, qui l'achètera ?). À l'opposé, trop faible, et le nombre d'acheteurs qui profiteront de l'aubaine ne suffira pas à compenser le manque à gagner avec un prix plus élevé.
Lorsqu'on parle de produit matériel, il ne faut pas oublier tous les coûts d'approvisionnement de chaque exemplaire. Et que l'on parle de produit matériel ou non, les coûts fixes de fonctionnement de la structure de vente.
Fixer un prix de vente est donc déjà un choix difficile.

Prix du livre ? L'Exception Culturelle

En France, le livre est un des rares produits où la loi permet à un autre que le vendeur final de fixer le prix du produit : c’est l'éditeur, et non le libraire qui fixe ce prix, pour le papier comme pour le numérique. La volonté de cette loi est d'éviter un dumping par les gros groupes commerciaux au détriment des petits libraires. En revanche, le libraire est censé pouvoir négocier la remise (pourcentage du prix de vente HT qu'il conserve) avec les éditeurs (via le distributeur), mais comme d'habitude, ce sont les gros qui en profitent.
Un des facteurs de négociation en France est celui de l'Office : le libraire s'engage à commander un volume (important) de nouveautés (qu'il choisira plus ou moins, voir "office sauvage"), quitte à retourner plus tard les invendus. Dans les textes, cette remise est censée être fonction de la qualité de vente, du conseil, etc., mais dans les faits, outre le volume de vente et la participation aux campagnes promotionnelles, l'acceptation de volume important d'office est un facteur déterminant dans la "remise" (marge) consentie par l'éditeur au libraire. Bref, tout ça pour dire qu' individuellement, le libraire a assez peu d'influence sur le prix. Il est tout à fait est inutile de pester contre lui ou en encenser un autre sur sa politique tarifaire : c'est l'éditeur qui fixe le prix. De même, un libraire qui tenterait de fanfaronner sur sa politique de prix du livre est limite mensonger...

Coûts du livre

Dans le livre comme ailleurs, il y a des coûts fixes, et des coûts variables. Grosse approximation, je ne vais parler dans un premier temps que d'un éditeur qui publierait un seul livre.
Il y a bien entendu des coûts fixes, qui ne dépendent pas du nombre d'exemplaires imprimés ou vendus : Payer la personne qui relit/propose les corrections, celle qui écrit le 4e de couverture, celle qui fait la couverture, celle qui assure la mise en page, celle qui contacte l'imprimerie, le distributeur, le diffuseur, la publicité, le service juridique qui fait les contrats pour tout ça, etc. Mettons aussi ici pour l'instant l'à-valoir auteur.
Ces coûts devront être répartis sur l'ensemble des livres vendus, en plus du coût variable "unitaire" relatif à chaque exemplaire.
edit1: Attention ! Ce n'est pas parce que je parle moins des coûts fixes dans la suite qu'ils n'existent pas, même en numérique pur. Ces coûts doivent être pris en compte et amortis dans le prix du livre. Quels que soient les coûts variables, un éditeur qui ne répercuterait pas ces coûts fixes non négligeables perdrait de l'argent sur chaque nouveau livre. Affirmer qu'un livre qui n'a pas de coût de reproduction devrait être gratuit est une aberration économique.
Attaquons donc nous à ces coûts variables donc, qui dépendent du nombre de livres vendus. Les droits d'auteurs par exemple (10% en moyenne sur le roman, une fois l'à-valoir "compensé"), et aussi la part il me semble du distributeur et du diffuseur (autour de 10% chacun) . Plus la remise libraire (oui, encore une grossière approximation) (environ 30%).
On peut noter que si l'éditeur décide unilatéralement de diminuer (ou augmenter d'ailleurs) le prix d'un livre de 10%, mathématiquement l'ensemble des maillons de la chaîne (au minimum libraire et auteur, mais il me semble aussi diffuseurs et distributeurs) subit cette différence de 10% de leurs revenus sans avoir quelque moyen de contrôle direct. Je ne connais pas d'autre industrie où un intermédiaire fixe ainsi les rémunérations de l'ensemble du reste. Vous en voyez d'autres ?

Le tirage : Coût fixe ? Ou variable ?

Par tirage, j'entends le nombre d'exemplaires imprimés, les coûts de cette impression et tous ceux qui sont induits : transport, manutention, potentiellement pilon, etc. Celui-là, je le traite différemment, parce que c'est un gros pari sur les ventes. Sans ventes, c'est une perte sèche, non recoupable, comme un coût fixe. Mais en cas de fortes ventes, il est renouvelé pour de nouveaux tirages.
À voir également que son coût "unitaire" diminue avec l'accroissement de la quantité tirée : tirer 100000 exemplaires en une fois coûte bien moins cher que mille tirages de 100 exemplaires. Mais évidemment, coûte aussi bien plus cher qu'un tirage de 100 ou 1000, et en cas de flop...
Il y a aussi la possibilité d'user d'un grand tirage dans un effort non pas de vente directe, mais de promotion, en visant un effet de masse dans les librairies "L’événement littéraire du moment".
Et ne pas oublier, avec un tirage trop important, la gestion des stocks et des retours, le coût du pilon qui au final font parfois préférer plusieurs tirages limités à un gros.
edit1: Autre remarque : contrairement à ce que je croyais, on m'a expliqué que la gestion des stocks, retours et pilons est gérée non pas par l'éditeur, mais par le distributeur. Ca ne me semble pas aberrant, puisque c'est de l'ordre de la logistique. Je n'ai pas assez d'informations/de recul pour comprendre toutes les implications que ça peut avoir sur le reste de la chaîne, mais mon interlocuteur m'assure que ce n'est pas neutre et participe de la course en avant dans les nouveautés et les volumes...
J'ai sans doute loupé quelques coûts liés à la production, mais en voilà déjà un éventail qu'un éditeur doit prendre en compte pour fixer le prix d'un livre, avant même de le moduler en fonction du prix attendu des lecteurs.

Catalogue

Vous vous souvenez évidemment que j'ai approximé au-dessus. Comme j'ai été simpliste ! Un éditeur publie évidemment souvent souvent plus d'un livre, ce qui lui permet de répartir les coûts fixes sur un nombre plus important de titres. Il n'est clairement pas rentable d'embaucher un juriste pour un livre unique, alors que pour un nombre plus important ça commence à le devenir. Au-delà d'un certain nombre de titres dans le catalogue, il devient nécessaire d'embaucher des assistants et secrétaires, des maquettistes à temps plein au lieu de faire appel à des prestataires externes.
Plutôt que parier sur un titre unique, quitte à boire le bouillon, en agrandissant son catalogue il devient possible d'amortir les risques et pourquoi pas financer des parutions risquées ou de niche avec les marges fortes de titres "grand public" ou de genre. (Attention toutefois à ce que les titres de niche ne deviennent pas un alibi pour une masse de titres faciles...).
En augmentant le nombre de titres, on crée aussi une dynamique de marque, où l'éditeur sert de point de repère pour les acquéreurs finaux, mais aussi (surtout?) indirects (diffuseurs et libraires). C'est également un moyen d'occuper le terrain, en dehors de ses "best-sellers", et limiter les possibilités pour les nouveaux entrants, ou les concurrents trop coriaces. Une zone tampon de sécurité en quelque sorte.
Là aussi, cette stratégie de catalogue a une influence sur les prix. On est obligé de prendre en compte les marges "d'échec" ou de choix risqués ou de niche dans le prix de tous les livres du catalogue. On doit assurer une homogénéité des prix pour que les lecteurs fidélisés sur certains livres retrouvent des prix raisonnablement comparables sur d'autres dans le catalogue.
Pas question non plus de casser le prix sur un livre pour promouvoir un nouvel auteur en qui on porte beaucoup d'espoir (enfin, autant d'espoir que dans le ticket de loto acheté pour la super-cagnotte du Vendredi 13) alors que simultanément on sort le dernier opus surévalué d'un auteur confirmé et qui rapporte, sous peine de faire apparaître le contraste de manière trop apparente, de vexer la star et de la voir aller vérifier dans une autre écurie si l'herbe n'y est pas plus verte.

Faisons nos gammes

Il est possible d'aller encore plus loin, et de segmenter le marché en créant une "gamme" de produits et formats. Il s'agit ici de décliner un même livre sous différents formats : grand format cartonné, poche, version numérique, version audio... On multiplie les investissements, mais le même produit se vent dans de nouveaux segments.
Si un livre a eu de très bons résultats en grand format, l'éditeur peut évidemment le conserver dans ce format en attendant que la demande diminue. Il fait ainsi une marge importante sur un prix élevé. Et une fois la demande diminuée, il peut trouver un éditeur "poche" (externe à son groupe d'édition, ou en interne d'ailleurs) qui va à son tour commercialiser le livre à un format plus petit, plus "cheap", et donc moins cher.
Les pourcentages de rémunération des auteurs sont diminués, ainsi que la part de l'éditeur "grand format", mais c'est toujours ça de gagné, et permet de continuer de rentabiliser l'investissement. Ça permet aussi évidemment d'atteindre un nouveau public plus sensible au prix.
Il est courant dans ce cas là que l'éditeur "poche" interdise à l'éditeur "grand format" de le concurrencer avec une offre trop concurrentielle, et ce même si, comme ça arrive parfois, ils font partie d'un même groupe d'édition.
L'intégration du livre numérique ici pose un gros problème : si l'éditeur grand format commercialise le livre au format numérique (avec un prix de l'ordre de 70-80% du prix du GF), et vend les droits du poche à un autre, reste à déterminer ce qu'il va advenir de la version numérique. Si c'est l'éditeur primaire qui la garde, il a évidemment intérêt à garder un prix élevé, sous peine de perdre la (forte) marge. Mais dans ce cas-là, il se retrouve avec un prix de vente numérique bien supérieur au prix poche, ce qui va sans doute sérieusement diminuer les ventes de cette version numérique...
Il peut aussi aligner le prix sur le prix poche, à condition toutefois que l'éditeur poche accepte cette "concurrence". Il peut enfin transmettre l'exploitation numérique à l'éditeur poche... À ce dernier de fixer le prix de vente en cohérence.
Le Lecteur en Colère a relevé des cas où un livre est exploité une fois en grand format (avec la version numérique associée), et une seconde en poche (avec une nouvelle exploitation numérique). Deux exploitations numériques et deux fois les charges inhérentes, dans le même groupe commercial qui plus est. Quel gâchis...
Je n'aborderai pas ici le prix des offres numériques destinées aux bibliothèques ou aux services d'abonnement... c'est encore une autre boite de Pandore.

Concurrence interne

J'ai déjà parlé de concurrence dans la section précédente, revenons-y... Déjà, avant d'aller voir la concurrence en dehors de l'éditeur, on peut constater qu'il y a concurrence au sein des différents formats d'un livre : À la sortie d'une version poche, la version grand format se trouve concurrencée par sa "petite sœur", et les revenus se trouvent alors divertis d'un format à l'autre, ce qui a des conséquences sur l'ensemble de la répartition des revenus : nouveaux taux de répartition (pourcentages plus faibles pour l'éditeur grand format et l'auteur), prix de vente unitaire plus faible, ce qui au final amoindrir largement les revenus. C'est l'éditeur "poche" qui prend sa part et les risques qui la justifient. Enfin, les risques... sur les poches issus d'un grand format, vous avouerez que ces risques sont réduits.
Même sans version poche, prenons l'exemple d'une version grand format à 20 € et une version numérique à 15€, en supposant les taux de rémunération identiques. Pour un lecteur qui achèterait la version numérique, c'est 5 € d'économie, mais aussi 25% de revenus de moins pour l'ensemble de la chaîne. Avec une exception : l'éditeur, qui n'aura pas à payer l'impression, le transport et stockage, et potentiellement le pilon de cet exemplaire. Avec une extension pas forcément intuitive : un renchérissement relatif de l'impression des autres exemplaires papier (voir "le tirage").
On remarquera tout de même que ces 5€ d'économies ne sont pas forcément perdus pour la chaîne à vrai dire : il est bien possible que le lecteur utilise cette économie pour un autre livre... Et pour peu qu'il en trouve dans la gamme des 5€, ça en fait un nouvel achat, neutre donc du point de vue du chiffre d'affaire.
Les gens qui parmi vous aiment tenter de percer à jour les prestidigitateurs seront aussi heureux de s'amuser à regarder la part de l'éditeur, dans les deux versions, numérique ou papier. C'est facile, Hachette/Lagardère le disait avant l'été dans sa Présentation aux actionnaires:
Sur le slide 19 titré (traduit) "La pénétration du numérique dans les marchés de l'édition Américains et Anglais a un impact positif. ", on peut entre autres lire :
"The across all formats slightly better incremental profitability of ebooks offsets the loss of contribution to fixed costs (distribution, sales forces) resulting from decline of print volumes"
Re-traduction :
La profitabilité incrémentale (?) légèrement supérieure des ebooks sur tous les formats compense la perte de contribution aux coûts fixes (distribution, forces de ventes) résultants du déclin des volumes d'imprimés."
Bref, le numérique apporte une marge supplémentaire, contrairement à ce que les gros éditeurs tentent de nous faire avaler, marge qu'ils conservent à leur usage, puisqu'ils refusent d'augmenter les taux de rémunération des auteurs sur les ebooks.

Concurrence externe

Mais la concurrence ne s'arrête pas aux portes de la maison d'édition, évidemment, mais également entre éditeurs. La loi de l'offre et de la demande, et le principe de la concurrence veulent que les éditeurs luttent les uns contre les autres pour atteindre le marché avec des prix bas, ce qui aurait pour effet de baisser les prix. Mais ça ne fonctionne pas ainsi. Et ce pour une simple et bonne raison : les livres ne sont pas interchangeables.
Si vous voulez le dernier Stephen King, le dernier Musso ou le Modiano, vous ne pouvez pas faire fonctionner la concurrence et acheter au moins cher : le prix est fixé par l'éditeur. Dès lors que vous savez ce que vous cherchez, et tant que les éditeurs fixent un prix qui correspond à votre fourchette haute, c'est tout bénéfice pour eux. Pareillement, pour certains types de livres de non-fiction, où l'expertise est rare, l'éditeur peut sans soucis fixer des prix élevés, et c'est normal.
À l'opposé, sur des auteurs ou livres inconnus, les prix devraient être tirés vers le bas, avec pour limite les coûts énoncés au-dessus. Mais comme je le disais au-dessus, il faut garder une cohérence, et pour un même format, les prix sont souvent cohérents d'un éditeur à l'autre...
Sans parler d'entente explicite sur les prix, je ne fais que remarquer que certains usages semblent généralisés sur la politique de prix : grand format autour des 20€, poche entre 6 et 9€, etc. Et ce n'est sans doute pas le delta au niveau du support qui justifie un tel écart.
Une de mes lectures récentes (le tome 4 de "La Tentation de la Pseudo-Réciproque" de Kylie Ravera, une série dont je recommande vivement la lecture d'ailleurs) parlait du dilemme du prisonnier et de comment il s'applique à l'économie... Je vous recommande de vous y intéresser...
Ces usages de conditions communes à une grande part de l'édition (dont les groupes majeurs) se retrouvent d'ailleurs dans les contrats d'édition. De ce que je comprends, et sauf pour les auteurs stars, nulle réelle concurrence entre les éditeurs pour acquérir les manuscrits, et donc au final une faible compensation des auteurs. Mais ceci est un autre billet.

Mode

Un facteur rapidement évoqué au-dessus qui participe au choix du prix d'un livre est la nouveauté. Il est ainsi courant que le prix d'un livre attendu impatiemment par le public soit élevé. Et en un sens ça se comprend.
Combien de personnes préfèrent acheter rapidement après sa sortie une version grand format alors qu'elles pourraient attendre la sortie ultérieure d'une version poche ? Ou même attendre la disponibilité gratuite en bibliothèque ?
L'impatience se paie. Il m'est arrivé d'ailleurs d'acquérir des versions "Advanced Reader's Copy"de certains ebooks, même pas complètement finalisées, à 15$ alors que je savais qu'elle sortirait 2 mois plus tard à 8$, juste par impatience.
Et si les lecteurs sont prêts à payer, il n'est pas anormal que les éditeurs en profitent. C'est d'ailleurs là un positionnement courant du format poche, en seconde intention du grand format.
À l'opposé, si l'attente n'existe tout simplement pas, par exemple si l'éditeur ou l'auteur sont absolument inconnus, le numérique offre une possibilité complètement différente : une stratégie de prix initialement très bas (voire gratuit) dans le but d'obtenir un volume de lecture et un bouche-à-oreille fort et favorable, prix qui peut potentiellement être augmenté au fur et à mesure que le livre atteint le succès ou l'auteur monte en renommée.

Chaîne du livre ?

J'ai déjà parlé au-dessus de la chaîne du livre, mais n'oublions pas que pour certains, le maillon final de celle-ci, contrairement à ce qu'on pourrait penser, n'est pas tant lecteur que le libraire... C'est lui qui fait la vente finale, recueille l'argent du client, et le reverse in fine à l'éditeur. C'est lui qui met en vente le livre, le met en rayon, le présente, le propulse... On aura beau faire un battage médiatique autour d'un livre, s'il n'est pas disponible en librairie, il ne sera pas vendu.
Je l'ai dit au-dessus, individuellement, un libraire n'est rien pour l'éditeur. Mais ensemble ils sont LE débouché par lequel il doit passer pour vendre ses livres. Et avant les libraires, il y a les diffuseurs et distributeurs qui prêchent la bonne parole et assurent la distribution des textes... Autant d'interlocuteurs qu'il ne faut pas mécontenter sous peine de perdre l'accès aux clients.
Et autant d'interlocuteurs qui doivent être pris en compte quand on fixe le prix d'un livre. Le cas du numérique est l'occasion de montrer cette nouvelle contrainte : Si un éditeur "papier" veut proposer un prix très attractif sur un livre numérique disponible par ailleurs en format papier, il prend le risque de mettre en colère les libraires qui crieront à la concurrence déloyale et menaceront de ne plus promouvoir et vendre les versions papier.
Cette petite anecdote n'est pas lancée en l'air, c'est arrivé à au moins un éditeur de "genre" connu pour son ouverture au numérique. Et on m'a rapporté des phénomènes proches au niveau des diffuseurs, qui souhaitent conserver la main sur la diffusion du poche.

edit2: "menace" contre une prix d'ebook trop faible rapporté sur un commentaire chez liseuses.net 

Flexibilité du prix sur le livre numérique

Jusqu'ici, j'ai surtout parlé de la détermination du prix du livre papier. Mais le livre numérique apporte un lot de possibilités complètement différent. En l'état, le numérique apporte une flexibilité énorme : il n'y a pas besoin de gérer de stocks, d'étiqueter, mais aussi on peut changer les prix dans le temps (mais uniformément chez l'ensemble des points de vente) là où seuls quelques rares changements sont possibles sur le prix du livre papier. Ca permet entre autres aux auto-publieurs à tester les différents prix jusqu'à trouver celui qui lui correspond le mieux.
Le fait que la part du prix de production/distribution soit très faible dans le livre numérique permet aussi de faire des offres promotionnelles à prix "cassés" (voire gratuit), avec des exemplaires "échantillons" distribués gratuitement à coût quasi nul. C'est le cas par exemple de la stratégie de prix "Perma-Free", où le premier tome d'une série est cédé à titre gratuit, dans l'objectif de recruter des lecteurs pour les tomes suivants.
Enfin, ne pas oublier que les éditeurs (ou collections) nativement numériques (pure player) n'ont par définition pas les contraintes des coûts fixes liés à l'impression papier.

Saut à l'élastique...

En économie, on appelle élasticité-prix la relation entre une baisse de prix et la hausse de la demande qui en est la conséquence. Cette élasticité n'est pas toujours dans ce cas, vous connaissez tous la publicité pour une marque de voiture "Pas assez chère, mon fils". Les effets de snobismes ne sont pas réservés à la pub...
Et il faut le dire, les éditeurs ne sont pas friands de saut à l'élastique. Là où ils pourraient expérimenter avec différents prix, ils rechignent dans leur grande majorité à expérimenter avec des prix plus faibles.
Ils ont réussi à augmenter le prix moyen du livre, ce n'est pas pour lâcher du terrain maintenant. Car après tout, le livre est aussi objet de prestige, et ne peut être considéré comme une simple marchandise. À ce titre, et quitte à perdre en Chiffre d'affaire (voire de marges), il ne faut pas permettre de dévaluer l'objet livre. Pour les (gros) éditeurs, un prix haut est preuve de leur qualité.
De même pour les auteurs. Nombreux sont ceux qui s'offusqueraient de voir leur livre vendu 5€ au milieu d'autres vendus 10. Qu'importe d'ailleurs si l'augmentation du nombre de ventes résultantes de ce prix faible améliorait le chiffre d'affaire et donc ses revenus...
"Mon livre vaut mieux que ça".
"C'est une promotion maintenant, mais où va-t-on s'arrêter ?"
"À ce prix, les gens vont l'acheter, mais vont-ils le lire ?"
"Les seuls qui vendent à ce prix sont les auteurs auto-publiés, des ratés trop mauvais pour se faire éditer", etc.
Mais prenons un exemple approximatif : vendre 1000 livres (numériques donc sans coût variable) à 1 centime ne rapportera que 10€, alors qu'en vendre 100 à 1€ rapporte 10 fois plus, autant que 5 à 20€ et plus que 0 à 50€. Et peut-être que le "juste prix" est autour de 5€ avec 50 ventes pour un total de 250€. Entre tous ces prix (fictifs, certes), lequel est le meilleur ? À en croire les éditeurs majeurs, le prix de 5€ est tout simplement insultant... et pourtant c'est celui qui (dans l'exemple) rapporte le plus.
En fait, lier la valeur d'un livre à son prix est une aberration, dans les deux sens. La seule vraie insulte à un livre est de ne pas faire de son mieux pour le promouvoir, le faire lire, le vendre et compenser correctement son auteur. Et si pour cela il est préférable de fixer un prix plus bas que les usages, il est tout simplement aberrant de ne pas le faire.
Il ne faut pas oublier non plus les limites de l'élastique : il n'est pas extensible à l'infini. J'ai entendu des auteurs exprimer la crainte qu'en baissant les prix de trop, et donc en augmentant les ventes donc les bibliothèques des lecteurs, on en vienne à les "saturer", à leur permettre d'acquérir plus qu'ils ne lisent.
Mais c'est aussi ignorer tous les lecteurs potentiels qui ne lisent pas pour des raisons économiques. Des lecteurs qui liraient plus (ou se mettraient à lire) si le livre devenait abordable, si les barrières à la lecture (dont celle du prix) diminuaient.
Évidemment, c'est aussi un marché qui finirait tôt ou tard par se saturer. Mais ce jour-là, je crierai au miracle et certainement pas au désastre. Une population entière de lecteurs ! Et je suis persuadé (naïf ?) que dans toute cette population, suffisamment seront prêts à compenser les auteurs.

De l'autre côté de la mare...

Revenons de notre Utopie, et sans poser les bagages en France avec notre Prix Unique du Livre, traversons l'Atlantique --affectueusement surnommée "the pond" (la mare) par les habitants des USA -- et allons voir comment ça se passe de l'autre côté.
Certes, sans prix unique du livre, les grandes chaînes de librairies (B&N et Borders par exemple) ont grandement fait leur succès au détriment des libraires indépendants, comme c'est relaté (par exemple) dans le film "Vous avez un message" en 1998. On notera d'ailleurs que l'échec de Borders et le déclin de B&N au profit d'Amazon par exemple donne cette fois un coup de pouce aux libraires indépendants, qui peuvent à nouveau mettre en avant leur proximité, sélection et communauté. Un Pierre-Papier-Ciseaux classique quoi.
Mais le prix "libre" y a aussi d'autres conséquences rigolotes : les éditeurs y négocient avec les différents distributeurs (intermédiaires ou détaillants) et fixent un prix de vente "catalogue"/recommandé comme en France. C'est il me semble là dessus qu'est basée la remise (de l'ordre de 50% là-bas). Mais les détaillants ne sont pas tenus de vendre à ce prix catalogue et par le biais de la concurrence consentent des décotes importantes sur ce prix de vente, jusqu'à atteindre parfois une marge parfois nulle.
Et face à des détaillants faisant preuve de concurrence, les éditeurs ne rechignent pas à augmenter les prix "catalogues". De toute façon, les lecteurs ne voient pas tant que ça ces hausses de prix, ce sont les détaillants qui les absorbent ou négocient une remise plus importante. Inflation d'un prix catalogue qui se désolidarise de plus en plus du prix effectif comme d'un quelconque coût... Ça me rappelle le phénomène de bulles financières/immobilières, qui risquent de péter...
Là encore, le livre numérique pose des problèmes à l'équilibre historique : tant qu'ils ne perdent pas d'argent (sur un catalogue complet), les gros e-libraires (Amazon le premier) peuvent casser les prix sur le livre numérique, et cette fois sans aucune limite de quantité, ce qui bien entendu concurrençait le reste de la gamme des éditeurs. D'où l'accord inter-éditeurs (initié et facilité par Apple et jugé illégal par la justice US) pour imposer le contrat d'agence qui leur permettait de fixer le prix du livre numérique et donc d'éloigner l'aiguille qui risquerait de faire exploser la bulle dont on parlait...
Encore un aparté : l'essor des auto-publiés est à mon avis une conséquence (soutenue par Amazon) de ce contrat d'agence et du prix trop élevé de l'offre numérique.

Acceptabilité de payer par les lecteurs.

Bon, jusque là, je me suis beaucoup penché sur l'aspect "offre" du rapport offre/demande. Mais il faut aussi regarder ce qu'il y a en face : la demande, les attentes des lecteurs, la valeur monétaire qu'ils accordent au livre en tant que tel, mais aussi la part budgétaire qu'il peut ou veut accorder aux livres. Par exemple, un lecteur peut très bien être prêt à acheter un livre à 50€, mais ne pas pouvoir se le permettre financièrement.
L'achat d'un livre neuf est malgré tout un luxe que beaucoup ne peuvent se permettre. Il existe évidemment des filières qui permettent de lire à moindres frais, mais réfuter la lecture comme luxe est une insulte à qui n'a pas les moyens décents de se loger, se nourrir, se soigner et se vêtir (voir à en croire Cordelia Vorkosigan à accéder à l'information et à communiquer).
Bref, pour des tas de raisons, les lecteurs ne sont pas toujours prêts à dépenser pour un livre la somme qu'en demande l'éditeur. Cela peut, comme on l'a déjà noté, avoir pour conséquence un report de l'achat en attente d'une version moins chère, l'acquisition d'une version d'occasion, ou l'emprunt à la bibliothèque.
L'acceptation de payer est aussi directement fonction de la valeur perçue de l'achat. Et lorsqu'on parle d'acquérir fichier immatériel et un droit de lecture (verrouillé, intransmissible, incessible qui plus est) plutôt qu'un exemplaire papier, la valeur perçue du premier est tout simplement largement inférieure à celle du second..

Contrefaçon

Non seulement les coûts variables directement imputables à un exemplaire numérique sont plus faibles, mais la valeur perçue par les lecteurs de cet "exemplaire" est aussi bien inférieure. Dans ces conditions, et sans compréhension de l'ensemble des autres facteurs évoqués au-dessus, face à un prix numérique trop proche du prix papier les lecteurs se sentent tout simplement pris pour des imbéciles et des vaches à lait.
Et pas plus qu'ils n'acceptent de bon coeur de payer ces prix aberrants à leurs yeux, ils ne comprendraient une indisponibilité d'une version numérique légale : Si la technique permet la diffusion d'un texte à moindre coût, et ce quelque soit le sort des autres formats, pourquoi ne pas les en faire profiter ?
Conséquence de cette inadéquation entre l'offre et la demande ? L'essor de la contrefaçon, évidemment supportée par les moyens de communication modernes. Et lorsque j'évoque cette contrefaçon, je ne parle pas que du "piratage" numérique, mais aussi parfois du papier, comme relaté dans cet article au Nigéria.
Une contrefaçon qui à mon avis ne pourra être combattue que par une offre plus proche des attentes des lecteurs : prix faible, disponibilité rapide et à moindre contrainte. Une offre impossible à fournir sans se délester d'une part majeure des contraintes sur les coûts donc une restructuration de la chaîne.

En conclusion

Restructuration de la chaîne. Le mot est lancé. Mais vers quelle nouvelle structure ? Je n'ai pas de réponse à vrai dire là dessus. Beaucoup d'interrogations même. Mais je sais que le numérique est là, qu'il ne disparaîtra pas, et que les anciens équilibres ne tiendront plus longtemps, même renforcés à coup de lobbying et de lois "Amazon".
Je ne dis ni que tout doit être remis à plat, ni que tout va se casser la gueule, juste que de nouveaux équilibres vont se créer et que j'espère qu'ils accorderont plus d'importance aux extrémités de la chaîne : l'auteur et le lecteur.
Et en attendant ces nouveaux équilibres, les éditeurs vont devoir continuer de jongler avec toutes ces contraintes que j'ai tenté de lister et expliquer.

Voilà. Un petit billet que je dédicace à @Cr4zy_C4t puisque c'est un peu à sa demande si je l'ai écrit.
Encore une fois, malgré le ton d'autorité que je prends trop facilement dans mes billets en général, et sans doute dans celui-ci en particulier, je serais TRES heureux d'accueillir vos corrections, remarques et questions, par exemple dans les commentaires.

*edit1: mise à jour le 5/11/2014 en réponse à divers commentaires via twitter
*edit2: mise à jour le 6/11/2014 pour ajouter un lien vers un compte rendu de "menace" des libraires contre un prix d'ebooks trop faible